Bref, j’ai passé un entretien d’embauche.

On a beau entendre Jean-Pierre Pernault nous raconter que « trouver du travail, pour les jeunes, c’est pas facile-facile », je crois qu’on ne réalise vraiment à quel point c’est problématique qu’une fois confronté au problème. J’ai beau chercher, je vois pas comment on peut intituler une offre d’emploi « cherche juriste débutant » et demander « 3 à 5 ans d’expérience ». Toi, nouvel arrivant sur le marché de l’emploi, toi qui viens tout juste de sortir de ta fac comme un jeune oisillon viendrait de quitter le confort de son nid, sache une chose : pendant 3 à 5 ans, tu n’existeras pas, tu ne pourras prétendre à aucune position parce que, malheureux, tu aurais dû assumer un job à temps plein pendant que tu suivais tes cours. Et là, je te parle pas de tes vulgaires stages hein, parce que ça, on s’en carre : tu as pu passer des mois entiers à effectuer e-xa-cte-ment le même travail qu’un salarié, pour la somme exorbitante de 436 euros par mois (toi-même tu sais, big up à tous les larbins stagiaires de France), ça ne compte pas (ou si peu).

whaaaat

Courage, copain. Courage d’une fille qui doit en être à son 200ème CV. Non mais je me plains pas hein, une fois, un recruteur a pris la peine de ME TELEPHONER pour me demander des informations supplémentaires sur mon expérience :

Ah, je vois que vous avez suivi votre Master à l’université de BeauxgossesLand, c’est un programme très réputé ! Et puis, vous avez aussi fait beaucoup de stages, vous ne prenez pas beaucoup de vacances, vous ! Non, vraiment, vous avez un très beau parcours, félicitations !
– Ça veut dire que vous allez me convoquer pour un entretien ?
– Euh non, jeune fille, tu t’enflammes un peu trop là.

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Et puis, l’autre jour, GROS MIRACLE. Je crois que mes prières à Sainte Rita ont été entendues, j’ai été contactée pour passer un entretien d’embauche. Ça peut paraître con, mais le fait que quelqu’un accepte enfin de me voir, en vrai, qu’une de mes candidatures n’ait pas terminée au fin fond d’une corbeille à papier, j’ai eu envie de pleurer de joie et d’apporter des Ferrero Rocher à la recruteuse pour la remercier (quand j’étais en 5ème, à la réunion parents-profs, la mère d’une fille de ma classe avait amené des Ferrero Rocher aux enseignants, j’avais trouvé que c’était le stade maximal de la lèche).

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Rendez-vous est donc pris et je passe les jours suivants à lire tout ce que je peux sur la boîte en question, j’arrête de dormir, je saoule JPS avec mes « tu crois que je vais y arriver ? » 50 fois par jour, je stalke la recruteuse, le DRH, le PDG, la réceptionniste,  je lis les Echos au petit déj (non, ça c’est pas vrai), je maîtrise tous les chiffres, toutes les données récentes et je parviens à me sentir prête.

Et puis, la veille de l’entretien, alors que je m’apprêtais à choisir la tenue qui me ferait directement passer pour quelqu’un de compétent, responsable, dynamique et au physique de rêve (oui, j’ai des exigences assez sérieuses, ainsi qu’une certaine tendance à l’utopisme), j’ai commencé à me sentir genre très très mal. Quelques heures plus tard, quand je me suis retrouvée la tête dans la cuvette des toilettes à vomir mes tripes, j’ai eu une pensée émue pour la quiche que j’avais mangée le midi à la cantine. Ce fut le début d’une longue et douloureuse matinée durant laquelle j’ai lutté contre l’évanouissement à chacun de mes nombreux allers-retours entre le canapé et les toilettes. Grosso modo, je devais passer mon entretien 8 heures plus tard, et j’avais la tête d’Iggy Pop après une soirée bien arrosée. Si j’avais dû passer une audition pour incarner le rôle d’une junkie sur le point de faire une overdose, laisse moi te dire que j’aurais eu le rôle direct.

A midi, quand mon corps a enfin décidé qu’il était temps de m’accorder un peu de répit, j’ai commencé une sieste. Enfin, disons que j’ai essayé : tout tournait autour de moi, je voyais le chat en double et je réussissais l’exploit d’avoir faim tout en étant écœurée. A mon réveil, vers 16 heures (H-2 avant l’entretien, donc), j’ai vidé la boîte de comprimés anti-nausées et mis à profit tous les tutoriels « maquillage anti-fatigue » que j’avais vus sur Youtube. J’ai craqué mon slip et appelé un taxi parce que, tout vaseuse que j’étais, je me sentais incapable d’affronter le métro aux heures de pointe. Pendant que la voiture roulait, je pensais alternativement : « une heure, c’est juste une heure à tenir, une heure pendant laquelle tu dois paraître en forme », « putain, putain, pour une fois que j’ai un entretien, je suis malade » et « OMG, je vais me remettre à gerber ».

Long story short, l’adrénaline aidant, j’ai réussi à jouer la parfaite petite candidate, fait des sourires, prétendu que j’allais « trèèèèès bien, merci »,  sans rendre mes tripes ni finir embarquée par les pompiers. Alors merci les hormones, merci le corps humain, et mort à la quiche de la cantine.

 (Par contre, quand je suis rentrée chez moi, j’ai aussitôt filé au lit et dormi 10 heures consécutives).

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