(en vrac) (mariage, respect et bouffe)

Je n’ose commencer ce post par un « ça fait un bail que j’ai pas écrit », ça pourrait devenir une habitude, même si effectivement, ça fait un bail que j’ai pas écrit. Mais bon, après tout, est-ce ma faute si j’ai une vie palpitante et si je dois accomplir des tâches de premier plan comme faire un benchmark de pralines pour le mariage (ça, c’était pour donner du grain à moudre à ceux qui se croient anticonformistes en clamant que le mariage, c’est so riiiiing’ et qu’ils ne voient pas l’intérêt. Tût tût les rageux !).

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Comme je ne sais pas par où commencer et qu’il n’y a ni ordre ni lien à ce que j’ai à raconter, on va revenir à la bonne vieille technique des bullet points (« boulettes points » comme dirait ma patronne) :

  • Ma patronne justement. Ces derniers mois, elle me donne de nouvelles responsabilités à haut risque telles que rédiger des courriers parce qu’elle a la flemme de le faire elle-même ou constituer des dossiers de 800 pages qu’elle ne lit jamais. Son argument de choc? « Vous rédigez si bieeeeeen, vous avez un réel tâââââlent, vous n’avez jamais pensé à faire Science Pôôô? » (elle pense sûrement que les sirènes du compliment vont susciter chez moi une soudaine inclinaison à faire les basses besognes).
    En vrai, j’ai surtout le syndrome de la bonne élève qui ne sait pas dire non, et je crois que mes collègues l’ont vite compris. Mon défi en ce second semestre 2017 : apprendre à envoyer bouler fermement et proprement. Et justement, j’ai eu mon premier exercice pratique (cf. point suivant)
  • L’autre jour, j’étais en réunion avec Jean-Mi du marketing et sa clique, et Jean-Mi, qui aime se faire mousser en balançant des vannes à la Guy Montagné, a fait une remarque devant tout le monde sur… mon salaire. Comme ça, pour rien, gratos, tiens voilà c’est cadeau. Ah ben c’est sûr qu’à côté de Jean-Mi, qu’on engraisse d’un salaire annuel à 6 chiffres, je fais petite joueuse. J’aurais dû acheter mon diplôme dans une école de commerce à 30k/an et faire des pince-fesses, moi aussi à l’heure qu’il est, je pourrais me foutre de la gueule d’une collègue sous prétexte qu’elle a 20 ans de moins et des seins. Mais bon, je ne suis pas Jean-Mi, mon métier ne consiste pas à inviter des gens à bouffer et à les ajouter sur LinkedIn.
    Bref, il se gausse donc de mon salaire (dont il ignore le montant by the way) et je reçois ça en pleine figure, complètement paralysée et sous le choc. Je fulminais à tel point que j’avais des plaques rouges sur la moitié du corps (la dernière fois que j’ai autant enragé, c’est quand une ancienne consoeur m’a filé ses écritures à 2h du mat’ la veille d’une audience).
    Et ce fut ma première mise à l’épreuve. Avec sa réflexion de gros beauf qui se croit spirituel, Jean-Mi m’a poussée dans mes derniers retranchements. Il est devenu évident que je devais me protéger. Et la première des choses à faire, c’était de répliquer. Quelques heures plus tard, une fois calmée (merci à mon collègue D. d’avoir supprimé les objets contondants de mon bureau), j’ai envoyé un mail à Jean-Mi. Concis, incisif et ce qu’il fallait de méprisant pour lui dire qu’à l’avenir, il garderait ses remarques philosophiques pour sa grand-mère. Ca a marché. Jean-Mi ne me dit plus bonjour dans les couloirs (grosse grosse perte) mais j’ai retrouvé un peu de fierté. Ce n’est qu’un début, ce n’est pas grand chose, mais j’ai retrouvé un peu de dignité.

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  • Sur un sujet plus léger (parce que booooon, je sens que j’ai cassé l’ambiance), on a enfin goûté le repas du mariage et quand je dis « on » c’est-à-dire parents included (jusqu’ici, on s’était bien gardé de leur demander leur avis sur un quelconque aspect du mariage, principalement parce que si on avait fait ça, je me marierais sûrement dans le château de Cendrillon avec DJ Serge Reggiani). Mais je savais que le repas, c’était important pour eux, et puis JPS voulait constituer un comité de sélection parce qu’il savait que si ça ne tenait qu’à moi, on mangerait des coquillettes au beurre avec des nuggets. Bref, comme mes parents me demandaient toutes les semaines « quand est-ce qu’on goûte, quand est-ce qu’on goûte, quand est-ce qu’on goûte? », je pensais qu’ils seraient un peu saucés. J’avais vu trop ambitieux, je crois :
  • – Mardi soir? Ah non, je peux pas.
    – Pourquoi?
    – J’ai mon cours d’anglais.
    – Mais Maman, t’es bilingue ! Je comprends même pas pourquoi tu prends des cours d’anglais !
    – Et puis j’ai déjà séché y’a trois semaines à cause de la kermesse de ton neveu. 
    – Tu sèches pour la kermesse de l’école maternelle mais pour mon mariage non?
    – C’est parce que je tenais un stand et je devais préparer un gâteau. 

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  • J’ai enterré ma vie de jeune fille. Enfin je dis ça, mais tout le monde sait que je resterai à jamais une jeune fille, que j’aimerai toujours les paillettes et les figurines en pâte fimo à 70 ans, et que je ne dirai jamais non à des oursons en guimauve. En vrai, c’était surtout un prétexte pour faire un week-end avec mes meilleures potes et avoir les nanas que j’aime le plus dans une même pièce. J’avais fait jurer à Camcam de ne pas me déguiser une lapine Playboy ou de me faire récolter des numéros de téléphone d’inconnus. Sur le plan du strip-teaser, je craignais pas grand chose : je savais que de toute façon, elle aurait bien trop honte de téléphoner. Ce fut doux, tranquille (sauf quand j’ai conduit un bateau et que j’ai clairement failli faire un remake du Titanic). En plus ma copine Fiona m’avait ramené une cargaison de chocolat suisse. J’ai trouvé merveilleux de les voir réunies, toutes différentes, avec des parcours et des vies sans comparaison possible, rire, apprendre à se connaître pour certaines. Je me suis sentie reconnaissante et fière de ces amitiés là, solides. C’était bienveillant, c’était simple, c’était naturel. C’était précieux. 

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Allez viens, on s’en va.

1, 2, 1, 2, test, test… C’est bon, vous m’entendez? Ah mince, je crois qu’il n’y a plus personne.

Le nombre de fois où j’ai voulu revenir écrire ici est sûrement égal au nombre de fois où je vais faire pipi par jour (traduction : ça fait beaucoup). Mais je voulais vous épargner les coups de gueule et les coups de blues. Comme quand j’ai appris que, faute de budget, mon contrat de travail ne serait pas renouvelé et que mon patron entendait prendre un stagiaire sous-payé pour me remplacer, mais que ledit patron n’a eu ni le courage, ni la décence de me le dire en face (ce qui ne l’empêche pas de faire passer des entretiens à de potentiels stagiaires sous mon nez). Ou encore quand on a fait une offre de poste à JPS en France, qu’on a fêté son retour tout excités et que finalement, trois semaines plus tard, on lui a dit « ah oui mais non, tu restes en Angleterre finalement ».

En résumé, si tu l’avais pas encore compris, je vis une grosse période de lose. Et je ne te cache pas que c’est parfois sacrément difficile, au point que le chat lui-même en a marre de m’entendre lui narrer mon désespoir.

« Oh c’est bon, mais y’a pire ! ». Oui, toujours. C’est vrai qu’en plus, je pourrais être borgne et leucémique et sans famille et droguée et avec un quadruple membre dans le dos et bègue. Bon ben ça va, alors.

Pour s’éloigner un peu de tout ça, j’ai décidé de renoncer à une semaine de mon précieux salaire et de prendre quelques congés pour partir en Corse. Là où tout le monde s’appelle Ours, Ours-Marie, Pierre-Ours, Ange-Ours, Ange-Paul, Paul-Marie, Doume, ou Ours-Doume (je suis pas du tout cliché comme fille).

Corse 1

(donc là, moi je suis en train de me faire dorer les miches)

J’ai fait du bateau et rencontré une dame qui a absolument tenu à me raconter sa vie :

Devinez ce que je fais comme métier !
– Euh… (meuf, on se connaît depuis environ dix secondes et c’est la deuxième phrase que tu me balances, comme ça, direct. En plus, des métiers, y’en a des milliers, je fais comment pour deviner ?). Je sais pas moi… Psychologue?– Non
– Médecin?
– Non
– Avocat? (je tente, des fois on sait jamais, étant donné que je les attire)
– Non plus !
– Prof?
– Non non !
– Buraliste ? (allez, c’est chiant là…)
– Non
– Taxidermiste?
– Non plus !
– (sans déc, on va jouer à ce jeu combien de temps? Mon degré zéro de la patience et moi, on en a marre. J’en sais rien moi, en tout cas, sans doute une profession que les gens détestent, genre fonctionnaire des finances publiques ou pervenche).

Alors, si ça t’intéresse, sache qu’elle était flic. C’est JPS qui a trouvé. Moi, au bout de la 30ème proposition, j’ai arrêté.

Bref, ce fut une semaine un peu hors du temps. Mais pas trop quand même, parce que le temps passe très vite, justement. C’était juste bon de s’éloigner du cauchemar que peut être le quotidien, parfois. De dormir tous les soirs ensemble, comme avant, comme un vrai couple. Je voulais me ramener un porte-clés bien kitsch, mais j’ai pas trouvé (et mes clés se baladent toujours en solitaire depuis trois mois… Sans rire, ça me perturbe, si tu connais un endroit qui vend de chouette porte-clés, aide-moi, je t’offrirai un Cornetto vanille-choco en échange). (J’ai aussi mangé un Mister Freeze, le premier depuis la 4ème, j’étais extrêmement heureuse – et, oui, j’ai conscience du caractère absolument trivial de cette information). J’ai dépensé l’équivalent d’un SMIC dans les soldes parce que les Corses sont fous, ils soldent tout à -60% (kassdédi à mon nouveau gilet Comptoir des cotonniers tout doux et tout beau, qui valait trois bras à la base… Moi aussi je vais pouvoir me la jouer fashionista’anh, REP A SA Coline et Valentine).

La fable des époux divorcés

Il y a quelques années, j’étais stagiaire dans un cabinet d’avocats spécialisé en droit de la famille. Le genre d’endroits dans lequel les récits d’adultère sont quotidiens, les colères se déversent, les rancœurs pleuvent et où la véritable solitude surgit sur le pas d’une porte. Il y a ces épisodes de flottement, où l’on a le sentiment que, quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, le client vient davantage pour se confier que pour entamer une procédure. Il y a ces moments curieux, où deux ex-époux fraîchement divorcés se serrent longuement dans leurs bras à la sortie du tribunal.

Famille

Et puis il y a des familles qui interpellent plus que d’autres. Sans que l’on sache toujours pourquoi : un détail physique, une ressemblance, une parole, un geste, qui font écho à notre propre histoire. Pour ma part, je me souviens toujours du premier couple qui m’ait vraiment marqué. C’était un des premiers dossiers que je gérais seule, comme une grande. Avant de les recevoir en rendez-vous, mon maître de stage m’avait livré les premiers éléments de leur histoire. Ils étaient jeunes, 27 ans, je crois, parisiens, mariés depuis à peine un an, et souhaitaient un divorce par consentement mutuel. « Par consentement mutuel », ça veut dire que les conjoints sont d’accord sur qui aura la garde des enfants, qui reprendra la télé et cet affreux service en porcelaine reçu en cadeau de mariage… En six mois, on pouvait plier leur histoire : j’étais contente, j’allais pouvoir les assister du début à la fin.

Je me rappellerai toujours de notre premier rendez-vous. A peine étaient-ils entrés dans la pièce que ma première pensée fut « ouah, ils sont vraiment trop beaux« . Pas des mannequins, mais réellement mignons et assez bien assortis pour que j’ai eu envie durant tout l’entretien de leur demander : « vous êtes sûrs que vous voulez pas rester ensemble? C’est con hein, vous faites un si joli couple« . Il était blond, fin et il écoutait tout ce que mon maître de stage et moi disions avec attention. Elle avait de beaux cheveux bruns, bouclés, de grands yeux noirs et, clairement, on lisait sur son visage qu’elle était dégoûtée d’être chez un avocat quelques mois après qu’ils aient promis de s’aimer pour la vie.

Je n’ai jamais su pourquoi ils voulaient divorcer. Dans ce genre de contexte, quand les époux n’évoquent pas les raisons de leur séparation, on ne les demande bien entendu jamais.

Je suis ressortie de ce rendez-vous terriblement triste, sans savoir réellement pourquoi. Peut-être parce que je m’étais identifiée à eux, que je les trouvais si joliment assortis, si sympathiques, que je leur rêvais une jolie histoire, de beaux enfants, une vie peinarde… pas un jugement de divorce.

J’ai fait mon travail : j’ai recueilli les pièces, rédigé leur convention de divorce, fait signer les parties, envoyé le tout, effectué les formalités nécessaires. Et quelques mois plus tard, après une brève audition auprès du Juge aux Affaires Familiales, mon couple si parfait était divorcé. Voilà. Il y aurait marqué à tout jamais sur leurs actes de naissance « divorcé de Mademoiselle Machin/divorcée de Monsieur Truc », ça ne s’effacerait jamais et cet échec à l’aube de leurs vies resterait gravé sur le papier.

C’était en 2011. Retour en 2014. Il y a quelques jours, j’ai repensé à ce couple. M’est alors venue une irrépréhensible envie de savoir ce qu’ils étaient devenus. Merci Google, merci Facebook, en quelques secondes vous pouvez récolter de précieuses informations sur la vie privée de parfaits inconnus.

Monsieur s’est remarié il y a quelques mois. Sa photo de profil le montre en costume trois pièces au bras de sa nouvelle femme. Elle travaille dans la mode, mais malgré cela, j’ai trouvé sa robe de mariée plutôt vilaine, ce qui n’engage que moi. Il a le sourire vissé aux lèvres, le regard fier, et je me suis demandée s’il avait cette même expression lors de ses premières noces.

Madame (ou ex-Madame, plutôt) est devenue maman. Sa fille doit avoir approximativement dix mois. Elles ont les mêmes cheveux bruns et les mêmes yeux rieurs. Elle a quitté Paris pour vivre près de la mer.

Et j’ai pensé…

Ce couple s’est marié en 2011. En l’espace de trois ans, ils ont eu le temps de se marier, se séparer, divorcer, rencontrer quelqu’un d’autre, déménager, se remarier pour l’un, faire un enfant pour l’autre. Leurs vies sont aux antipodes de ce qu’ils prévoyaient il y a trois ans.

Trois ans… et tout a changé. Rien n’est plus pareil, rien ne s’est déroulé selon leurs plans.

Et moi, où serai-je dans trois ans? Moi qui passe mes journées à essayer de prévoir, de me tracer un chemin, une issue de secours? Moi qui prévois de déménager, de recommencer ailleurs, qui échafaude sans cesse des itinéraires vers une vie qui me conviendra enfin. Moi non plus, il y a trois ans, je n’aurais jamais imaginé ma vie telle qu’elle est aujourd’hui. Je me voyais fièrement une robe et une carrière d’avocate, m’épanouir dans cette profession et commencer à voyager. Aujourd’hui, j’ai enfin admis que cette voie ne me rendrait pas heureuse, je n’ai pas une quenouille pour voir du pays et je marche sur des incertitudes. Mais je me console en me disant que dans trois toutes petites années, tout pourra avoir changé…

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Et sinon, 436 €, ça vous va?

Quand tu arrives en tant que stagiaire dans une entreprise, l’une des choses à gérer, c’est cette collègue qui va te regarder d’un œil mauvais dès que tu auras passé le pas de la porte. T’as rien fait si ce n’est exister et dire « bonjour », mais elle te déteste quand même déjà:
 
       Même pas je t’adresse la parole. Je vais t’appeler par un autre prénom durant les six prochains mois.
       Mais j’ai encore rien dit !
–      Tais-toi Valentine.
       Mais pourquoi ?
       Ca suffit Clémentine.
 
J’ai pas trop compris pourquoi cette haine si soudaine, ni cette envie profonde de me rabaisser. Pour tout et n’importe quoi :
 
       T’as 25 ans, t’es qu’une enfant !
      
       Et puis t’es petite de taille aussi, ouh la minus !
      
       Tiens, tu sais ce que t’es ? T’es un bébé Cadum, HAHAHA, t’as compris la vanne Michel ?

 
Alors j’ai essayé de me mettre à sa place. J’ai pas tout de suite vu en quoi une fille qui débarque pour passer quelques mois en tant que stagiaire mérite autant de hargne. J’ai émis des hypothèses :

 
       Peut-être que son divorce s’est mal passé, que son avocat l’a mal défendue et qu’elle cristallise sa haine des avocats sur moi ! Ou alors, comme c’est une fausse blonde, elle a peut-être une revanche à prendre sur les brunes et du coup elle me hait ! Sinon, c’est peut-être quand j’ai dit que j’aimais pas les frites, ça l’a peut-être énervé !
       Ou alors c’est juste une conne ?
       Ah ouais, peut-être aussi.
 
C’est un peu dur d’être toisée en permanence : d’une part, c’est gênant, Beyoncé te le dira très bien. Mais surtout, je suis tellement mal à l’aise que j’en arrive à dire parfois à dire un truc que je voulais pas, qu’aussitôt je regrette, à tel point qu’il y’a un mini-Moi qui me donne un coup de pied à l’intérieur du crâne en disant : « NAAAN, mais pourquoi t’as dit çaaaa ! ».
 
 
Mais j’ai beau réfléchir, je ne comprends pas ce mépris. Peut-être une réaction naturelle pour défendre sa place. Sauf que j’en veux pas, de sa place. Alors c’est pas la peine de me regarder en chien de faïence, comme si je prenais déjà les mesures de son bureau pour choisir mon mobilier. Je peux envoyer un e-mail, c’est pas pour ça que je brigue le poste de PDG. Je peux aller m’acheter une cannette au distributeur, promis, ça m’empêchera pas de travailler. Faut quand même être sacrément naze pour vouloir faire peur à une stagiaire.
–      Tu vois la porte de mon bureau ? Il y a mon nom dessus ! Est-ce qu’il y a ton nom sur la porte de ton bureau ? Non parce que tu es STAGIAIRE ! Et puis j’ai une boîte de 5000 trombones dans mon tiroir, mais pas toi parce que tu es STAGIAIRE !

Typologie des clients chiants

Etre stagiaire, c’est aussi tester sa patience. 
A la base, je suis plutôt patiente avec les clients. Parfois, certains me posent des questions vraiment stupides comme « bonjour, je suis bien au cabinet d’avocats? » alors que j’ai décroché deux secondes plutôt en disant « cabinet d’avocats, bonjour », mais je me retiens de le leur faire relever. Peut-être qu’ils ont peur que je feinte en changeant de version : 
  – Cabinet d’avocats, bonjour? 
– Je suis bien au cabinet d’avocats? 
– Ah non, ici on toilette des caniches, Monsieur. 
Comme l’une de mes prérogatives de stagiaire est d’assurer le standard, je me rends compte de ce que les secrétaires de métier peuvent vivre tous les jours. Et croyez-moi, les pubs dans lesquelles les nanas sourient béatement en clamant que devenir secrétaire médicale a fait de leur vie un océan de douceur, c’est de la grosse, grosse, grosse connerie
Du coup, je commence à dresser une typologie des clients, qui se décompose comme suit : 
1. L’antipathique 

Ca m’attriste de dire ça, mais celui-ci, quand on lui dit « secrétaire », il pense tout de suite « grosse dinde qui tape sur une machine à écrire ». Automatiquement, il va adopter un air condescendant et te parler comme s’il était Louis Pasteur et toi Nabilla. Certains ne prennent pas la peine de dire bonjour, je suis sûre que ce sont les mêmes qui claquent des doigts en invectivant « GARCCCOOOON ! » dans les restaurants. 
Mon préféré, c’est le vieux shnocks qui m’a demandé de répéter son nom et ses coordonnées pour voir si j’avais bien suivi. Il pensait carrément que j’avais pas été au CP et que j’allais lutter pour noter un numéro à dix chiffres. Quand je lui ai répété mot pour mot les informations qu’il m’avait données, il a presque eu l’air déçu. Mais qui va raconter à Lucette que les jeunes, aujourd’hui, sont des incapables? 
Bien sûr, l’antipathique méprise les secrétaires, mais il est plus doux qu’un Ferrero Rocher avec son avocat.
 2. Le relou 
Il appelle 10 fois par jour, pour demander la même chose. Il veut que tu lui envoies l’adresse du cabinet par mail, par fax, par sms, par télégramme, par courrier recommandé avec accusé de réception et par pigeon voyageur. 
Le relou, il te demande toujours des trucs impossibles et il pense qu’en te harcelant, tu vas céder : 
– Je voudrais un rendez-vous samedi. 
– Ce n’est pas possible, le cabinet est fermé. 
– Même à 10 heures du matin? 
– Non. 
– Je peux venir plus tôt si vous voulez. 
– Non, c’est fermé. 
– Plus tard alors? 
– Non plus. 
– Et dimanche?



3. Le trop gentil

Il a sans cesse peur de déranger, s’excuse tout le temps et voit en son avocat un type aussi intouchable que Barack Obama. Il a un peu peur d’appeler et qu’on lui dise que non, se faire battre par son père c’est pas grave, on fait quand même pas des procès pour ça aux gens. 
Le trop gentil n’a souvent pas la bonne vision du métier d’avocat, notamment au niveau des horaires :
– Je voulais parler à mon avocat, mais il est 16 heures 30, il est sûrement parti chercher ses enfants à l’école. 
Note au trop gentil : sache que ton avocat voit ses enfants le dimanche quand il a le temps, et le reste du temps quand il les croise dans le couloir en allant pisser. 

4. Le mégalo
L’égocentrique par excellence, il pense que son dossier est le seul géré par le cabinet. Tout lui est redevable, tout de suite. Il s’impatiente quand il n’a pas eu de réponse une heure après l’envoi de son mail et il ne comprend pas comment son avocat peut être absent : 
– Je suis désolée, votre avocat est en pause déjeuner.
– Non mais attendez, déjà hier je l’ai appelé à midi, vous m’avez sorti la même excuse !
La plupart du temps, le mégalo a un dossier sans importance, mais pour lui, c’est la plus grosse problématique que connaît le monde actuel. Il conteste une amende pour excès de vitesse, et il voudrait que le FBI, la CIA et tout le Ministère de l’Intérieur soit sur le coup. Dans l’ordre des priorités, il EST la priorité. Le reste, il s’en fout un peu : 
– Comment ça il assiste à la reconstitution du meurtre d’un enfant de 2 ans? Attendez, moi je vous dis qu’EDF me réclame 30 euros pour rien !

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