Craquage nerveux in process

Le temps passe passe passe et beaucoup de choses ont changé comme diraient Jacky et Ben-J, mais une chose persiste : ma bronchite, dont nous célébrons la 4ème semaine d’existence. Pour fêter ça, mes allergies à l’ensemble des arbres et pollens recensés dans le Larousse jardinage reviennent, et j’ai aussi hérité d’une conjonctivite. Bref, reniflante, le nez pelé et borgne, laissez-moi vous dire que mon potentiel séduction est à son maximum.

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Bon mais à part cracher mon appareil respiratoire, j’essaie aussi de travailler, et parfois je me demande à quoi ça sert vu que de toute façon, un client, ça n’entend que ce que ça veut. Exemple : les deux types qui sont venus y’a 6 mois (je les appelle Minus et Cortex parce que l’un est petit et trapu et censé être le cerveau du duo, alors que l’autre est grand et tout maigre, il acquiesce bêtement à tout ce que dit son pote et il a 0% de libre arbitre) pour une histoire de travaux avec un entrepreneur. Je leur ai dit que j’avais besoin de lire le contrat pour être en mesure de donner un avis (tu demandes pas à un médecin de faire un diagnostic sans t’ausculter), et rien que ça, ça a pris 8 semaines parce qu’en 2017, c’est apparemment très technique et complexe d’envoyer un mail avec pièce jointe.
Ensuite, leur contrat, je l’ai lu, c’était une grosse daube, je leur ai dit « non non non, signez pas ça, si les travaux merdent ou prennent trois siècles de retard, vous pourrez JAMAIS être indemnisés ». Ils m’ont demandé si j’étais sûre, si y’avait pas moyen de, non parce que quand même, et je leur ai répété nein nein nein, signez pas, c’est une grosse arnaque.

Et devine qui a signé quand même parce que « bouaaaarf, on prend le risque, de toute façon, ce genre de trucs n’arrive JA-MAIS  » ?

Et qui revient maintenant me dire que « c’est la cata, les travaux vont avoir minimum 8 mois de retard, ils se sont trompés sur les plans, ils ont construit des chiottes en plein milieu d’une salle de réunion » (sans déc, même moi qui sais pas lire une carte, je serais pas aussi nulle) et qui me demande si, par hasaaard,  « juridiquement je connais quelque chose à faire » (je suis pas magicienne) (bien fait) (essaie un cierge à Ste Rita, t’as p’tètre une chance).

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Sinon, dans la série « je pisse dans un violon », parlons du client qui nous a envoyé un chèque et, pas de bol, le chèque s’est fait intercepter sur le chemin postal, un malfaisant a rayé « à l’ordre de Mademoiselle Hortensia » pour écrire à la place  « à l’ordre de Bidule Chouette » et encaisser 300 euros tout chauds. Bon, ben c’est dommage, mais j’y peux rien, moi-même j’ai un colis en attente depuis 4 mois à la plateforme Briard que j’arrive pas à débloquer alors voyez-vous, je n’ai pas mes entrées à la Poste. Donc j’ai conseillé au client susmentionné d’aller porter plainte s’il voulait se faire rembourser par son assurance, mais il avait décidé que c’était à moi d’y aller, et il a fallût que je m’y reprenne à cinq fois pour lui expliquer que je n’étais pas le tireur du chèque et que ça ne servirait à rien (au départ, il a vaguement menacé d’appeler 60 millions de consommateurs et puis il a dû faire une rapide recherche Google et voir que j’avais raison, la foi en l’internet est plus grande qu’en quelqu’un dont c’est le métier, que voulez-vous).

Cet épisode passé, ma boss, qui pense sans doute que je m’ennuyais le week-end, m’a proposé de venir également travailler le samedi :

– On pourrait faire plein des choses le samedi ! Organiser une course en sacs, vendre des gâteaux, ranger les dossiers…Qu’en pensez-vous, ça peut être bien, non ?

Sans complément de salaire ni jour de rattrapage, bien évident. De toute évidence, de longues semaines sans interruption devant l’écran de son ordi l’ont empêchée de voir qu’on avait inventé un truc pratique appelé CODE DU TRAVAIL. J’ai dû user de toute la diplomatie du monde pour lui expliquer que j’avais ce qui s’appelle UNE VIE après le boulot, avec plein d’activités passionnantes pour la remplir (même si mon activité principale, c’est choisir les faire-parts de mariage avec JPS, mon rôle consistant surtout à critiquer les nombreux modèles niais/moches/ringards que je vois, ça prend du temps).

Bref, comme vous pouvez le constater, je suis sur les rotules, vous pouvez m’envoyer des Shoko-bons pour me réconforter (pas trop, parce que ça vaut 2 points WW) ou, à défaut, des bisous, je prends aussi. A plus guys.

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Le résultat d’un an sans vacances.

Pfiouuuuu, je sais que je me répète à chaque article, mais : CA FAIT UN BAIL. Et pourtant, je voudrais venir écrire ici plus souvent, mais depuis plusieurs semaines, j’ai redécouvert les joies de mon amie l’Insomnie et des opérations de veille prolongée sur Twitter aux alentours de 4h du mat’ (oui parce que SI ENCORE j’étais physiquement capable de faire quelque chose de productif pendant cet éveil forcé, passerait encore, mais regarder des gifs de chatons est le seul effort que soutient mon cerveau). Du coup, cette amputation de mon sommeil me vaut d’être lééégèrement fanée le soir (comprendre : je donne ses croquettes au chat et je file m’effondrer sur mon lit).

Et malgré tout, je n’en oublie bien sûr pas d’être réactive, professionnelle et efficace au travail parce que, qu’on se le dise, non, tout le monde ne part pas en vacances au mois de juillet et l’activité ne ralentit pas dutoudutoutdutout. Ceci est une légende inventée par ma boss pour éviter de me voir partir en burn-out avant l’été.

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Bref, à croire que la politique RH en matière de congés est désastreuse parce que les gens se croient obligés de rester tout l’été et, par la force des choses, de me refiler tous les dossiers bien crevards qu’ils n’ont pas eu le temps de traiter durant l’année (« tu veux faire un CDD de 80 mois? Moui, moui, alors vois-tu, je ne suis pas certaine que ce soit possible… »). Il y a aussi ces gens qui vivent sur une autre planète (une planète où les gens partent se faire dorer les miches en juillet, probablement), j’ai nommé LES CONFRÈRES, qui veulent te faire passer 1000 ans sur un dossier qui pourrait être réglé en 10 minutes. Exemple de la notaire qui pensait que j’allais appeler tous les garages de la Seine-Maritime pour leur proposer de racheter une Twingo modèle 1992 cotée 800€ à l’Argus (t’as raison meuf, j’ai que ça à glander) (surtout pour une opération qui, temps et coûts salariaux déduits, rapporterait la somme colossale d’environ 20€).

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Du coup, je suis à 2 doigts de prononcer des incantations pour que mon téléphone arrête de sonner, les mails de pleuvoir et les relous toquer à la porte de mon bureau. Mais z’ATTENTION, grande nouvelle, je vais bientôt avoir un nouveau collègue pour m’aider. Finalement, je ne suis pas sûre que ce soit une grande nouvelle, vue la difficulté à recruter quelqu’un de bien (spéciale dédicace au candidat qui m’a prise de haut et demandé avec mépris un café avant même que je le lui propose et qui, ôôôôôôh miracle, s’est radouci en 1/4 de seconde quand il a compris que je n’étais pas assistante parce que, c’est bien connu, une assistante, tu peux lui parler comme à de la bouse, mais aux autres non).

Braiffe, avec tout ça j’aurai pas volé mes prochaines vacances avec JPS, où j’ai essentiellement prévu de glander au bord d’une piscine, manger du gras, m’enduire de crème solaire indice 50+ (toutes ces années à regarder les vidéos d’Hélène MBDF ont porté leurs fruits) et regarder les nouvelles collections de robes de mariée.

Bref, j’ai passé un entretien d’embauche.

On a beau entendre Jean-Pierre Pernault nous raconter que « trouver du travail, pour les jeunes, c’est pas facile-facile », je crois qu’on ne réalise vraiment à quel point c’est problématique qu’une fois confronté au problème. J’ai beau chercher, je vois pas comment on peut intituler une offre d’emploi « cherche juriste débutant » et demander « 3 à 5 ans d’expérience ». Toi, nouvel arrivant sur le marché de l’emploi, toi qui viens tout juste de sortir de ta fac comme un jeune oisillon viendrait de quitter le confort de son nid, sache une chose : pendant 3 à 5 ans, tu n’existeras pas, tu ne pourras prétendre à aucune position parce que, malheureux, tu aurais dû assumer un job à temps plein pendant que tu suivais tes cours. Et là, je te parle pas de tes vulgaires stages hein, parce que ça, on s’en carre : tu as pu passer des mois entiers à effectuer e-xa-cte-ment le même travail qu’un salarié, pour la somme exorbitante de 436 euros par mois (toi-même tu sais, big up à tous les larbins stagiaires de France), ça ne compte pas (ou si peu).

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Courage, copain. Courage d’une fille qui doit en être à son 200ème CV. Non mais je me plains pas hein, une fois, un recruteur a pris la peine de ME TELEPHONER pour me demander des informations supplémentaires sur mon expérience :

Ah, je vois que vous avez suivi votre Master à l’université de BeauxgossesLand, c’est un programme très réputé ! Et puis, vous avez aussi fait beaucoup de stages, vous ne prenez pas beaucoup de vacances, vous ! Non, vraiment, vous avez un très beau parcours, félicitations !
– Ça veut dire que vous allez me convoquer pour un entretien ?
– Euh non, jeune fille, tu t’enflammes un peu trop là.

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Et puis, l’autre jour, GROS MIRACLE. Je crois que mes prières à Sainte Rita ont été entendues, j’ai été contactée pour passer un entretien d’embauche. Ça peut paraître con, mais le fait que quelqu’un accepte enfin de me voir, en vrai, qu’une de mes candidatures n’ait pas terminée au fin fond d’une corbeille à papier, j’ai eu envie de pleurer de joie et d’apporter des Ferrero Rocher à la recruteuse pour la remercier (quand j’étais en 5ème, à la réunion parents-profs, la mère d’une fille de ma classe avait amené des Ferrero Rocher aux enseignants, j’avais trouvé que c’était le stade maximal de la lèche).

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Rendez-vous est donc pris et je passe les jours suivants à lire tout ce que je peux sur la boîte en question, j’arrête de dormir, je saoule JPS avec mes « tu crois que je vais y arriver ? » 50 fois par jour, je stalke la recruteuse, le DRH, le PDG, la réceptionniste,  je lis les Echos au petit déj (non, ça c’est pas vrai), je maîtrise tous les chiffres, toutes les données récentes et je parviens à me sentir prête.

Et puis, la veille de l’entretien, alors que je m’apprêtais à choisir la tenue qui me ferait directement passer pour quelqu’un de compétent, responsable, dynamique et au physique de rêve (oui, j’ai des exigences assez sérieuses, ainsi qu’une certaine tendance à l’utopisme), j’ai commencé à me sentir genre très très mal. Quelques heures plus tard, quand je me suis retrouvée la tête dans la cuvette des toilettes à vomir mes tripes, j’ai eu une pensée émue pour la quiche que j’avais mangée le midi à la cantine. Ce fut le début d’une longue et douloureuse matinée durant laquelle j’ai lutté contre l’évanouissement à chacun de mes nombreux allers-retours entre le canapé et les toilettes. Grosso modo, je devais passer mon entretien 8 heures plus tard, et j’avais la tête d’Iggy Pop après une soirée bien arrosée. Si j’avais dû passer une audition pour incarner le rôle d’une junkie sur le point de faire une overdose, laisse moi te dire que j’aurais eu le rôle direct.

A midi, quand mon corps a enfin décidé qu’il était temps de m’accorder un peu de répit, j’ai commencé une sieste. Enfin, disons que j’ai essayé : tout tournait autour de moi, je voyais le chat en double et je réussissais l’exploit d’avoir faim tout en étant écœurée. A mon réveil, vers 16 heures (H-2 avant l’entretien, donc), j’ai vidé la boîte de comprimés anti-nausées et mis à profit tous les tutoriels « maquillage anti-fatigue » que j’avais vus sur Youtube. J’ai craqué mon slip et appelé un taxi parce que, tout vaseuse que j’étais, je me sentais incapable d’affronter le métro aux heures de pointe. Pendant que la voiture roulait, je pensais alternativement : « une heure, c’est juste une heure à tenir, une heure pendant laquelle tu dois paraître en forme », « putain, putain, pour une fois que j’ai un entretien, je suis malade » et « OMG, je vais me remettre à gerber ».

Long story short, l’adrénaline aidant, j’ai réussi à jouer la parfaite petite candidate, fait des sourires, prétendu que j’allais « trèèèèès bien, merci »,  sans rendre mes tripes ni finir embarquée par les pompiers. Alors merci les hormones, merci le corps humain, et mort à la quiche de la cantine.

 (Par contre, quand je suis rentrée chez moi, j’ai aussitôt filé au lit et dormi 10 heures consécutives).

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Ma recherche d’emploi et moi.

Et c’est r’parti.

Dans mon précédent article, je te racontais que j’étais décidée à passer le concours de professeur des écoles pour enfin donner un peu de sens à ma vie. Pas de bol (une fois de plus), des contingences extérieures m’ont forcée à admettre que ce ne serait pas pour cette année. J’ai réveillé Monsieur Star une nuit pour le lui dire et on a fini par pleurer sur notre malchance, tous les deux, dans le noir.

Le jour suivant, mon bébé neveu n°1 (qui, techniquement, n’est plus un bébé puisqu’il ne fait preuve d’aucune magnanimité quand il me marave la tronche avec son épée en plastique) m’a appelée sur Skype pour me dire que « Tata, Tata, moi demain je pars à l’île Maurice » avec Papa, Maman et bébé neveu n°2 (tout excité qu’il était en me faisant des grimaces à la caméra ponctuées de « caca/prout/pipi », son entrée en maternelle étant synonyme d’entrée dans l’âge bête). Pour la première fois, j’ai dû me mordre les lèvres pour rester digne, ne pas fondre en larmes et lui balancer  » TATA FRÔLE LA DÉPRESSION, TU SAIS PAS CE QUE C’EST MAIS C’EST NORMAL T’AS QUE TROIS ANS ». A la place, j’ai vérifié qu’il avait bien emporté ses brassards et sa crème solaire dans ses bagages, il m’a dit « oui », j’ai dit « c’est bien », j’ai fait une blague pas marrante et je lui ai souhaité bonnes vacances.

Depuis, je suis à nouveau abonnée aux offres de jobs, je me renseigne même sur les concours de la fonction publique (achevez moi), et je repars en quête d’un poste de juriste en France. Parfois, ma mère tente de m’aider en m’apportant des idées très innovantes du genre « tu devrais aller sur un site qui s’appelle Monster, c’est pas mal ».

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Are you kidding me?

Comme bon nombre de jeunes diplômés qui recherchent un emploi (j’exclus les ingénieurs, vous êtes une bande à part, le monde entier vous veut), j’ai le sentiment qu’on ne veut pas de moi et que je ne parviendrai jamais à décrocher un job. Je sais que la conjoncture y est pour beaucoup, mais il reste difficile de ne pas se laisser envahir par le vide, l’impression d’être inutile et de ne rien valoir. J’ai fait 8 ans d’études, travaillé tous les étés depuis que j’ai 19 ans, accumulé les stages et les références, et pourtant, je me prends refus sur refus sans même avoir décroché un seul entretien. Et en même temps, quand une annonce a pour titre « Recherche juriste JUNIOR » et énonce comme critère « 3 à 5 ans d’exp. », il y a effectivement de quoi se demander par quel miracle j’arriverai à décrocher mon premier emploi.

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Malgré tout, j’essaie de ne pas me laisser aller. Si si, vraiment. Je pars en quête de spiritualité, j’essaie de trouver le positif dans ce qu’il me reste. Les petits bonheurs ne sont pas nombreux en ce moment, alors c’est d’autant plus facile de les repérer. Comme quand je regarde l’homme le plus amoureux que j’aie jamais vu, la pêche qu’il a quand il rentre retrouver celle qu’il aime et comme ces deux-là sont soudés. Et que je réalise que ces deux-là, c’est nous. Que l’on est tellement solides. J’aime avec une telle force que finalement, je l’ai, l’important.

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Si j’étais moi.

Je savais que ce serait dur.

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Je savais que préparer un déménagement à l’étranger, trouver un appartement, tout en passant les examens finaux de l’école du Barreau serait éreintant, stressant, parfois décourageant.

Mais je crois que dans la douce folie qui a suivi l’annonce de ma nouvelle vie (« on se casse, on se casse, on se caaaaasse »), je n’avais pas mesuré l’ampleur de la tâche. Ou pas voulu la voir.

Et pourtant, on y est. Il faut penser cartons, démarches administratives, résiliations, voyages. Il faut aussi penser examens, déontologie, révisions. Il faut penser famille, amis, dire au revoir à tout le monde.

Et même si je l’ai désiré plus que tout, même si je suis heureuse de retrouver l’Angleterre, j’ai peur. Terriblement. Ces dernières semaines, j’étouffe sous des angoisses continuelles. J’ai peur de ne pas y arriver, que ce soit là-bas ou ici. J’ai peur de foirer mes derniers examens, parce que réviser est difficile quand on doit en même temps poser les jalons d’une autre vie ailleurs. Mais aussi parce que j’ai peur, tout le temps, de me planter.

J’ai peur de ne pas parvenir à m’acclimater à la vie d’étudiante londonienne, de ne pas comprendre les cours, la langue, que l’on ne me comprenne pas. J’ai peur de faire une année d’études supplémentaire pour me planter encore une fois, et de sacrifier les économies d’une vie à cause d’une nouvelle erreur.

J’ai peur de quitter mes amis, mes repères. Mes copines chéries, les meilleures du monde, avec lesquelles je peux aussi bien rire qu’avoir les conversations les plus sérieuses, et qui répondent toujours présentes. Ma bande de garçons du lycée, que j’aime comme des frères, et qui me rappellent sans cesse d’où je viens. Tous font partie de ce que j’ai de plus cher au monde, et je mesure la chance que j’ai de les avoir dans ma vie.

Et puis, il y a la famille. Comment faire avec une maman qui fond en larmes à chaque fois qu’elle évoque mon départ? Comment gérer la culpabilité de la laisser ? Je suis convaincue que je dois enfin vivre pour moi et devenir l’unique maîtresse de mon avenir. Partir m’aidera à couper le cordon et à me détacher de la pression familiale. Mais pour autant, comment quitter sereinement une maman qui, psychologiquement, ne va pas bien? Comment partir sans se retourner alors que son état ne fera qu’empirer? Comment vivre chaque jour en ayant peur de la sonnerie du téléphone et des nouvelles qui pourraient arriver?

Parfois, j’ai l’impression de perdre pied. Que je fais une erreur. Que j’ai vu trop grand. Je ne sais plus comment y arriver. Dans ces moments-là, Jean-Philippe Star est toujours présent. Il est mon pilier, la caresse qui me rassure et la voix aimante qui me murmure que tout va bien se passer. Il est fort pour deux… mais jusqu’à quand? Je suis insupportable. Je m’énerve, je perds patience, j’envoie tout valser et je veille méticuleusement à tout saboter. Parce que ce serait tellement plus simple de ne pas avoir à affronter ce qui me fait peur, ce qui me fait du mal. Parce qu’au moins, je ne prendrais pas de risques.

La vérité, c’est que je crois que je me déteste. Que j’ai beau vouloir me rassurer (« c’est pas grave si t’es un bébé-avocat qui n’a plus envie d’être avocat, ça arrive« ), je m’en veux terriblement. D’avoir manqué de courage, de m’être voilée la face durant des années, parce que c’était évidemment plus facile que de se remettre en question. D’avoir trop écouté les autres, sans prendre le temps de me poser, de regarder les nuages, de me demander qui j’étais et ce que je voulais devenir. D’avoir été obsédée par ce qu’« on » allait penser de moi, sans penser à faire de moi quelqu’un que j’aime. Malgré tous les efforts que j’ai fournis, le travail que j’ai accompli, je n’arrive pas à être fière de moi. Et pire, je m’en veux de faire rejaillir cette frustration sur ceux que j’aime le plus. Si un jour je me retrouve seule, ce sera entièrement de ma faute.

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Comme un pansement

Comme un pansement.

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Le jour où j’ai refermé la porte de mon ancien stage pour la dernière fois, c’étaient cotillons, trompettes et ballons dans ma tête. La fin de six mois de stress permanent et d’angoisses qui me prenaient à la gorge sitôt installée à mon bureau. Enfin, plutôt devrais-je dire la planche de bois de 50 centimètres de long qui me servait de bureau. Le truc qui se cassait la figure si j’avais la bêtise de poser plus de deux bouquins dessus. Mais bon, je n’étais que stagiaire, alors je ne méritais pas de travailler dans de meilleures conditions.

Je n’avais jamais vécue de mauvaise expérience en stage. Jusque là, j’avais toujours été appréciée, chaudement remerciée pour le travail fourni et j’avais gardé de bonnes relations avec mes anciens collègues. Mais là, c’était tout le contraire. Six mois de cata, sans parvenir à m’intégrer et à trouver ma place. Six mois à bouffer seule pendant que les patrons mangeaient tous ensemble. Six mois à rendre du boulot sur lequel je n’avais jamais de retour (je progresse par la simple action du Saint Esprit?). Six mois à entendre « bonjour », parfois « au revoir », mais rarement plus. Six mois à faire des bourdes que je n’aurais jamais faite si je ne m’étais pas sentie aussi mal dans ce taff. C’est un cercle vicieux, en fait : être mal, donc faire mal, donc se sentir mal, etc…

Je suis donc partie soulagée en me disant que je n’aurai plus à y mettre les pieds. Manque de bol, j’avais oublié mes lunettes. Et après plusieurs mois à plisser des yeux pour voir les panneaux indicatifs, je me suis dit qu’il serait bon de les récupérer. C’était un peu comme un pansement : on appréhende longtemps de l’enlever, alors qu’il vaut mieux l’arracher d’un coup sec. Alors j’y suis allée. J’ai constaté que mon corps, lui, se souvenait très bien du malaise que je ressentais quand je bossais là-bas : à peine étais-je dans la rue où se situent les bureaux que j’ai éprouvé les mêmes sensations de chaleur, de gorge nouée, de ventre douloureux. J’ai essayé de me consoler : c’est fini ce temps là, maintenant je travaille ailleurs, je fais du bon boulot et je suis très bien intégrée. Je ne leur dois plus rien à ces anciens patrons qui ne daignaient m’adresser un regard que pour me faire comprendre que j’étais un boulet. Je ne leur envie ni leur boulot, ni leur vie.

– Bonjour Clémentine !
– Je ne m’appelle pas Clémentine…
– Ah. Bonjour euh… l’ancienne stagiaire.

Rien n’avait changé, si ce n’est qu’il y avait une nouvelle stagiaire, que j’ai plaint en silence. C’était toujours la même atmosphère, la même froideur. J’ai pris soin d’être joviale, agréable et empathique, peut-être pour leur montrer que j’étais mieux loin d’eux. Que contrairement à eux, j’avais changé en bien :

– Ton nouveau stage se passe bien?
– Oui, c’est très intéressant, je fais des…
– Oui oui mais je m’en fous, j’ai du boulot en retard là, tu me déranges !

Finalement, j’avais appréhendé pour pas grand chose. Pour quelques minutes à s’échanger des banalités, à parler majoritairement toute seule parce que, soyons francs, ils n’ont rien à faire de mon sort. Je leur ai dit « au revoir et à bientôt » tout en sachant que je ne les reverrai plus. J’ai pensé qu’ils m’avaient donné ma chance, que je remerciais pour cela, mais pas pour le reste. Y retourner a posteriori m’a permis de tirer un trait sur tout ce que j’avais éprouvé et la honte que je ressentais jusqu’alors : celle d’avoir merdé, d’être passée pour quelqu’un d’incompétent. J’ai décidé de me pardonner de tout ça et de me dire que c’était loin d’être entièrement ma faute. Et de me concentrer à présent sur ce que je peux donner de bien dans mon travail, avec des gens qui savent me le rendre, qui ont envie de m’apprendre des choses et de me permettre de progresser.

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Le jour où j’ai pas été retenue.

Je crois que là-haut, il y a un type qui se paie ma tronche. 

Je fais pas référence à un quelconque dieu, hein. Un Cerbère ou un genre de dragon à tête de canard, ça marche aussi. En tout cas, un type qui pousserait un bon gros rire sardonique en m’infligeant une période bien pourrie, des épreuves les unes après les autres pour me tester et voir si j’arrive quand même à garder le sourire :
– Venez on lui envoie une bonne fight de famille, pile avant Noël ! Avec son problème d’orientation professionnelle, ça devrait bien lui plomber le moral ! Hey les gars, vous pensez qu’on peut lui infliger la tuberculose aussi? 
Souvenez-vous, dans les épisodes précédents de « Allègrement, ma vie, mon oeuvre », je me rendais compte moins d’un an avant obtenir le diplôme qu’être avocat n’était pas ce que je voulais. Néanmoins, j’essaie tant bien que mal de terminer mon cursus pour me donner le temps de réfléchir et de ne pas avoir fait tout ça pour rien. Du coup, j’envoie des candidatures pour trouver un stage en entreprise. Le monde du recrutement, c’est un peu Dallas : un univers impitoyable, sauf que le méchant, c’est pas J.R (je te vois, jeune énergumène de 20 ans, tu as complètement perdu le fil à cause de cette référence). Le premier but, c’est rédiger tes lettres de candidature sans hésiter à noyer les entreprises de ta motivation. 
J’ai donc réfléchi à des domaines susceptibles de m’intéresser et, en premier lieu, je m’imaginais bien dans un travail en relation avec les enfants. L’ennui, c’est qu’il y a beau avoir de plus en plus d’enfants, et de plus en plus d’enfants en galère, trouver un job de juriste dans l’enfance, c’est aussi facile que de réaliser une pyramide de cartes dans le noir avec des moufles :
– Votre CV est excellent ! C’est tout ce que nous recherchons ! Et puis vous avez l’air dynamique, avenante !
– Chic, vous me prenez alors ?
– Bien sûr que non, voyons ! On n’a pas les moyens d’embaucher un stagiaire !
Du coup, j’ai élargi mes perspectives. « Élargir ses perspectives », en langage correct, ça veut dire « postuler à des postes qui ne te bottent pas mais qui sont quand même alimentaires et qui pourraient te permettre de valider ton cursus ». Après des dizaines de lettres restées sans réponse, j’ai enfin décroché un entretien. La boîte était située juste à côté d’une décharge municipale, au bout d’un cul-de-sac qui ressemblait à un coupe-gorge, payé la moitié du montant de mon loyer, mais j’étais motivée. J’ai revêtu mon plus beau pantalon, mes chaussures porte-bonheur et mon plus grand sourire. Une fois devant les recruteurs, j’ai l’impression d’être à Disney : ils sont sympas, drôles, il manque plus que les chansons. La directrice juridique est un peu ma soeur jumelle, mais en blonde : 
– Vous avez fait le même Master que moi ! Avec exactement les mêmes profs ! La même prépa aussi ! Vous avez toutes les qualités requises pour le poste ! Vous aimez le chocolat?
– Euh oui…
– MOI AUSSI ! ON EST TROP COMPATIBLES!
C’était pas gagné, mais c’était ce qu’on appelle « un bon entretien ». J’étais contente, j’allais peut-être pouvoir enfin respirer, j’avais gagné en sérénité. On vous recontacte la semaine prochaine. Of course baby, c’est normal, recontacte-moi. Quoi? Quoi baby, tu ne donnes pas une suite favorable à ma candidature? Reviens, je voulais que tu me recontactes pour me dire qu’on allait travailler ensemble ! Comment ça tu ne veux pas? Attends t’es sûre? Parce que je fais quand même très bien les pancakes… 
Retour à la case départ. Plus qu’un mois pour trouver. Aurai-je plus de chances si je postule à la manière de Babor Lelefan? Le Cerbère continue à me jeter des mauvaises nouvelles pour voir jusqu’où je peux tenir sans passer par la case Valium. C’est quand même rigolo l’être humain : repousser sans cesse ses limites, prendre encore sur soi et se raccrocher à n’importe quoi, un amoureux, un week-end, un chat. Et éviter de se poser la question : qu’est-ce que je vais devenir?

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