A la tienne, Etienne.

Moui, donc c’est officiel, après 30 années sur cette Terre (bon, pas encore, mais je le dis pour m’habituer), rendons-nous à l’évidence : je n’aime pas rencontrer de nouvelles personnes. Enfin nuançons quand même : je n’aime pas rencontrer trop de personnes en même temps. Parce que j’ai directement en moi une sirène qui s’allume en mode « MAYDAY, MAYDAY, crash prévu dans 3, 2, 1… » et l’envie de rentrer chez moi en courant.

Un  peu comme samedi, à une soirée où je devais rencontrer la moitié des collègues de JPS. Déjà j’avais la pression parce qu’il m’en parle toujours comme ses supers amis du bureau, « Oh oh, Gudule est trop marrant », « Jean-Mi m’invite à son mariage », « Jojo m’a raconté ses rencards Tinder » et ils font comme les ados à la sortie du lycée : ils continuent à se parler sur What’s app. Bon, c’est une chance de bien s’entendre avec ses collègues, je dis pas hein, mais quand ça implique que je les rencontre, c’est la PANIQUE.

Déjà, il a fallu trouver une tenue potable, c’est-à-dire une avec laquelle je n’ai pas envie de casser le miroir en me voyant. Ça a pas l’air comme ça, mais c’est déjà une étape conséquente étant donné que j’ai accumulé beaucoup trop de bedaine (et de fesses, et de hanches) mais que, ô joie, j’ai un traitement médical qui m’oblige à être aussi bourrée d’hormones qu’un poulet en batterie, et que le sport ne m’est d’aucune aide pour perdre du poids (« si t’es fier d’être un boudin, tape dans tes mains », clap clap) .

Whatever, j’ai décidé de porter une robe Etam parce que je me suis souvenue que ma boss avait dit qu’elle m’allait bien, et des sandales nouvellement shopées une bouchée de pain chez André (un jour, je vous raconterai comment j’ai fondé une religion basée  sur le fait qu’il est rigoureusement INTERDIT d’acheter chez André ou Sephora en dehors des soldes).

Et donc, la soirée arriva. Dans un bar à vin : déjà ça partait pas super vu que j’ai horreur de ça. Parce que non, j’aime pas trop l’alcool, et c’est apparemment le 8ème pêché capital vu la manière dont les gens me regardent en l’apprenant :

– Comment ça tu bois pas d’alcool? C’est religieux, c’est ça?
– Non non, c’est juste que je…
– Et les chatons tout mignons, t’aimes pas ça non plus?– Hein?
– Et un bébé chimpanzé avec une couche, ça te dégoûte ?
– ?

Ajoutez à ça que je ne fume plus et donc, ça y est, je suis l’Ennui personnifié. Du coup, j’ai voulu en rajouter une couche quand on m’a demandé quel était mon métier, parce que « juriste », ça fait marrer personne, avouez-le,  alors j’ai fait une petite boutade et JPS m’a engueulée :

– Pourquoi tu te moques de toi? C’est très bien, comme métier !
– Non mais ça fait rêver personne…
– Mais si, mais si. T’as de la chance, t’as tous les codes que tu veux : le code civil, le code du travail, le code de la construction… T’écris des trucs comme « nonobstant », « superfétatoire », c’est super !

(Cet homme m’aime). (Mais il se rend pas compte, je crois). (Ou alors il est de mauvaise foi).

Bon bref, à mesure que la soirée avançait, que tous les taux d’alcoolémie grimpaient sauf le mien, que j’avais de plus en plus froid (parce que j’avais pas de collants sous ma robe Etam, j’ai oublié de préciser), je me rendais compte que je ne suis définitivement pas comme tous ces gens capables de tenir une conversion à un parfait inconnu comme si c’était un pote de régiment et que j’ai beau avoir bientôt 30 ans (c’est toujours pas pour demain, mais je me prépare à la dure réalité), je suis aussi timide que lorsque j’en avais 4. Et forcément, par rapport à un JPS qui attire tout le monde tant il est à l’aise et confiant, je fais tâche (au mieux), potiche (au pire). Alors quand il a été temps de rentrer, j’étais à la fois en colère contre moi-même, soulagée de retrouver un endroit familier, mais dépitée par ce que je suis. Parce que même en me forçant, je ne serai jamais vraiment à l’aise dans ces circonstances, que je préfèrerai toujours rencontrer 2 nouvelles personnes dans la chaleur d’une maison plutôt que 15 dans les tréfonds d’un bar, mais que ça, ce sera toujours incompris et mal vu.

Next time, je reste chez moi, je crois.