The biggest moment de solitude JAMAIS.

Je pourrais vous parler du chantage sentimental de mon père, qui me fait tout un cake parce que je ne viens déjeuner que samedi et pas DIMANCHE, alors que DIMANCHE, c’est la fête des mères, que le samedi, c’est pas la même chose que le DIMANCHE, et pourquoi j’ai une vie sociale aussi, je ferais mieux de rester cloîtrée chez moi quand même.

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Mais je vais plutôt vous raconter le dîner entre avocats auquel je ne voulais pas aller, mais auquel j’ai dû aller quand même parce que c’est un peu comme la fête des mères, il FAUT y aller (c’est un peu la thématique de l’article, les rassemblements obligatoires, you see). Bref, j’ai tenté de fuir à maintes reprises, mais JPS m’a menacée de me quitter si je me défilais. J’ai donc écouté l’amour plus que mon feeling, et j’ai fait jurer à mon copain BG qu’il viendrait aussi, parce que j’avais pas envie de me retrouver toute seule :

– Tu promets que tu viens, hein?
– Mais oui, je viens. J’ai pris mes billets de train et tout !
– Tu vas pas te défiler au dernier moment?
– Juré.
– Tu sais quoi, je préférerais que tu me signes une promesse écrite. J’ai trop peur que tu viennes pas.
– …
– D’ailleurs, tu vas signer avec ton sang aussi. Et me verser une caution que j’encaisserai si tu me fais faux bond.

Voilà comment je me suis retrouvée à traverser la moitié de la France pour assister à ce dîner (rempli de gens d’une profession que j’ai décidé de fuir, rappelons-le).  Je vous passe les multiples textos de BG avec 2 minutes d’intervalle entre chaque pour me rappeler que j’étais à la bourre (tout ça parce que moi, je suis in, et quand on me dit de me pointer à 20 heures, je ne me pointe pas avant 21, c’est la base). J’avais mis une belle robe parce qu’il fallait être chic, mais pas trop belle quand même parce que, comme dit JPS, « Ca va, tu vas pas aux Césars, non plus ».

J’ai rejoint BG devant le lieu de réception. C’était grand, c’était beau, la location devait coûter dix fois mon salaire, et décidément, j’avais rien à faire là. On est rentrés et une illustre inconnue nous a sautés dessus en disant « AAAH, vous étiez TRÈS ATTENDUS ! ».  Immédiatement, on a dû prendre une photo dans le jardin, en posant pendant trois plombes, comme dans les mariages. C’était tellement long que j’avais les zygomatiques qui fatiguaient et le photographe m’a engueulée parce que j’arrivais plus à sourire. A la fin, il a voulu nous montrer le résultat sur son appareil et a m’a sorti cette phrase mémorable :

– Vous êtes bien, mais vous êtes vraiment beaucoup trop blanche, faudra que je vous retouche.

Merci le manque de mélanine, merci le manque de vacances, merci la vie, vive les peaux laiteuses et à vous les studios (moi je vais m’empoisonner en buvant de l’autobronzant).

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Pour me consoler de cette humiliation, il fallait que je boive. Ce faisant, j’espérais parvenir moi aussi à afficher un sourire de convenance et à rigoler très fort, en mode « AHAHAHAH, qu’est-ce qu’elle est drôle, cette jurisprudence de 1913 sur les charrettes à bras ! ».  Mais comme les petits fours ne venaient pas (même pas un Apericube, rien … punaise les mecs, quand on veut faire un peu cossu, un sachet de Curly, ça fait tout de suite un peu prestigieux, quoi !) et que je commençais à devenir un peu trop guillerette, BG a héroïquement confisqué ma coupe de champagne (pour la finir en douce, cinq minutes plus tard).

Le reste de la soirée fut un long (très long) moment de solitude. Les regards condescendants quand j’annonce que maintenant, je préfère être juriste.  Parce qu’être avocat, c’est T.E.L.L.E.M.E.N.T  formidable, vous comprenez :

– C’est un métier passionnant ! Il faut beaucoup travailler par contre. Là par exemple, je retourne travailler après notre dîner. Je quitte le cabinet vers 4 heures du matin en général, mais je le vis bien, c’est têêêêllement valorisant. Alors effectivement, si on veut être tatillon, on peut souligner que ça m’a coûté mon mariage, oui… Mais dans le fond, c’est pas grave, puisque j’ai LE TRAVAIL ! C’est davantage pour mon fils que ça m’embête… comment s’appelle-t-il déjà ? 

(Franchement, c’est à peine exagéré, il y a quand même un type qui m’a dit que son fils ne le reconnaissait pas, tellement il passait de temps à bosser. Voilà voilà… Mais sinon, ça ne choque personne…).

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Et une grande dédicace à l’avocate qui m’a demandé mon opinion sur deux théoriciens de procédure civile du 17ème siècle. VDM. Quitte à passer pour une cruche, j’ai franchement hésité à lui répondre que j’y connaissais rien, mais que j’avais regardé « l’Amour est dans le pré » la veille et que je pouvais lui faire un résumé si elle voulait.

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J’ai une collègue reloue.

Et sinon, je recherche toujours un job de juriste en CDI : je suis efficace, je pige vachement vite et je suis sympa (vous pouvez demander à tous mes collègues, ils vous diront que je suis un joyeux luron toujours prêt à détendre l’atmosphère en faisant des petites chorégraphies dans leurs bureaux). Parce que, le contrat de 6 mois, c’est bien beau, mais à mesure que les semaines passent, j’ai de subites montées d’angoisses dans la journée et je rêve que je perds mes dents, la nuit.

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En plus, même si j’adore 90% de mes collègues, n’en demeure pas moins que ma cobureau sent très fort la sueur et que, certains matins, quand j’arrive à jeun et que je suis happée par une odeur de vestiaire de rugbymen, je dois me concentrer très fort pour ne pas faire de malaise.

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Le pire, c’est qu’elle se qualifie elle-même de « maniaque de l’hygiène », au point qu’elle refuse de poser ses couverts sur son plateau à la cantine, des fois que la vaisselle ait été mal faite. Par contre, mettre du déodorant, ça ne doit pas entrer dans sa définition de l’hygiène. Alors je subis en silence, parce qu’avouez que dire à sa collègue « Pardon, mais tu dégages une forte odeur de transpiration qui me dégoûte au plus haut point, est-ce que tu pourrais PRENDRE UNE DOUCHE, s’il te plaît ? », c’est pas évident.

Des fois, je prends mon courage à deux mains et j’ouvre la fenêtre, mais 1) c’est pas facile à justifier quand il pleut et qu’il fait 8 degrés ; 2) elle finit par me dire qu’elle a froid au bout de 5 minutes et je dois alors douloureusement refermer la baie vitrée en prenant une dernière bouffée fraîche de l’air au dehors ; 3) quand il fait beau, mes allergies au pollen et autres graminées reviennent et je dois choisir entre éternuer 5 fois par minute en ayant les yeux rouges, ou subir une odeur si forte qu’elle imprègne mes vêtements (dans deux vestes, ma carte de fidélité du pressing sera pleine, ouaiiiiis !).

Et puis je crois que j’ai eu tort de lui dire que j’aimais bien les enfants, parce qu’elle se sent obligée de m’interrompre 10 fois par jour dans mon boulot pour me raconter les préparatifs de la communion de son fils, de la marraine de sa fille qui pensait que c’était ce dimanche alors que non, c’est celui d’après, ah mais quelle tête en l’air celle-là, et puis sa petite dernière qui n’aime pas l’école alors qu’elle n’a que 5 ans, qu’elle a toute confiance en l’éducation nationale en France, mais quand même, elle met ses enfants dans le privé parce que c’est mieux, ils sont 35 par classe comme dans le public MAIS C’EST MIEUX, ils ont éducation religieuse mais c’est PAS OBLIGATOIRE, par contre ils ont obligation de se rendre aux célébrations de Pâques, des Rameaux, de la Pentecôte et de Noël, mais sinon c’est rien. J’ai beau être plutôt bonne pâte, je me demande dans quelle mesure elle pense que ces sujets triviaux sont plus importants que la méga assignation que je rédige ou les trois tomes du dossier que je dois éplucher.

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Bref, je râle, je râle, mais dans trois mois, quand je serai au chômage, je risque sûrement de la regretter.

Trouver un appartement : la mission

Ma vie, ce fouillis que j’essaie d’organiser.

Les six derniers mois ont été synonymes de tellement de changements que j’ai bien souvent du mal à me situer. Je suis partie, je suis revenue, mais comme j’avais quasiment tout abandonné derrière moi quand je suis partie, je n’avais plus rien à mon retour, ni chez moi, ni meubles, ni rien de tout ça. Même mon mec était coincé en Angleterre, c’est te dire la tristitude et le nombre de fois où je me suis sentie, seule au fond de mon lit, seule au bout de la nuit (tous droits réservés à Garou). La première étape, c’était de trouver un appartement.

Il y a d’abord eu le super plan qui s’est révélé être très foireux quand la locataire a commencé à me harceler à base de quinze textos par jour pour me demander si je prévoyais de lui racheter 50 euros un meuble Ikea qui en valait 20 acheté neuf. Ensuite, j’ai enchaîné les appartements dans lesquels, crois-moi, t’aurais pas voulu habiter : celui avec les voisins qui hurlaient à la mort, faisaient sécher la moitié de leur garde-robe dans les escaliers et laissaient traîner des cages dans le couloir. Tout ça pour la modique somme d’un SMIC.

J’étais presque résolue à planter une tente au bord du périph quand j’ai repéré une annonce. J’ai dit à JPS « on y va, juste pour voir« , lui a dit « OK » parce que c’est un mec cool, on y est allé, la future-ancienne locataire ressemblait fortement à Mimisiku, j’ai éprouvé un sacré doute au moment où je lui ai dit « bonjour Mademoiselle », mais il/elle n’a pas eu l’air choqué alors j’en ai déduit que c’était une femme, on a visité, ça n’a pas pris cinq heures parce que c’est minuscule, mais ça avait l’air correct, dans un quartier choupi, avec un petit balcon pour que l’on puisse brûler bronzer aux beaux jours. J’ai dit JPS, mais c’est de la folie, il faut vendre la caravane, vous savez ce qu’il m’a dit ? Il m’a dit banco.

Je vous passe l’épisode tragique une semaine plus tard quand on a découvert que Mimisiku l’ancienne (ou ancien, on ne le saura jamais) locataire n’avait probablement jamais mis une goutte de javel dans ses chiottes depuis 15 ans, où l’on s’est dit qu’on allait probablement mourir d’une bactérie inconnue qui se serait propagée sur la cuvette, mais JPS a été héroïque, il a passé deux heures à tout récurer en se retenant pour ne pas vomir et, en résumé, on peut aller aux wawas en toute sécurité.

C’est tout petit, c’est pas le Pérou, ce ne sera jamais notre ancien appart’ que j’aimais d’amour parce que ce temps-là est fini, et qu’il faut que je m’y fasse. Mais c’est chez nous, c’est la première étape d’un recommencement et tout ce qui compte, c’est d’être ensemble (j’ai bien conscience que je livre des discours à base de colombes enrobées dans du miel alors que je parlais sanitaires cinq lignes plus haut, mais j’ai le sens de la transition, je vous rappelle que j’étais avocat).

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