Cabu, Charb, Elsa, Ahmed, Franck, Mustapha, Yohan… et toutes les victimes silencieuses.

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Je n’écrirai rien de bien intelligent ici. Rien qui n’ait déjà été dit, rien de pertinent, rien de solide. Je ne suis qu’une citoyenne lambda, parmi des millions d’autres, parmi une nation encore sous le choc des trois jours qui viennent de s’écouler. J’ai hésité, je voulais d’abord griffonner quelques mots sur un carnet. Peut-être que si j’éprouve finalement le besoin de tout coucher ici, c’est pour réaliser que la France vient de connaître l’impensable.

Cabu, Charb, Elsa, Tignous, Ahmed, Franck, Wolinski, Yoav, Yohan, Mustapha, Clarissa, Bernard, François, Frédéric, Honoré, Michel, Philippe. 17 noms que l’on aura entendu en boucle (certains plus que d’autres, il est vrai). 17 noms dont on ne devra jamais cesser de parler, de se remémorer, de chérir comme un souvenir douloureux mais précieux et essentiel. 17 noms qu’il ne faudra jamais oublier, même quand la vague d’émotions la plus idéale, la plus brutale, sera passée et que les clivages frapperont à la porte de cette nouvelle unité.

Pourtant, on en oublie d’autres, des noms. Et je ne peux pas m’empêcher de penser à ceux-là. A toutes ces victimes silencieuses, collatérales. Celles qui n’ont pas péri physiquement ce 7 ou ce 9 janvier 2015, mais qui pourtant ne seront plus jamais les mêmes. Il y a la famille, les amis, les connaissances, les collègues de ces 17 noms, bien sûr. Tous ceux qui partageaient leurs vies, à des degrés divers, et qui, fatalement, devront affronter le manque de l’Être perdu. Comment faire son deuil face à la pire des injustices? Comment réapprendre à vivre quand son compagnon, sa sœur ou son ami a péri alors qu’il faisait simplement son travail ou quelques courses? Comment cicatriser individuellement et se recueillir en paix quand le monde entier s’approprie ce deuil?

Et puis, il y a ceux qui étaient là. Ceux qui ont vu. Ceux qui ont réchappé des fusillades. Je ne peux m’empêcher de penser à la dessinatrice Coco, forcée à taper le digicode pour faire entrer les meurtriers dans les locaux de Charlie Hebdo, alors qu’elle était accompagnée de sa fille. Comment vivre avec cette culpabilité, même si l’on n’avait pas le choix? Comment expliquer à son enfant qu’elle a vu l’indicible, comment la protéger ? Comment, pour elle comme pour les autres collaborateurs du journal, reprendre le chemin de la rédaction dans ces lieux qui resteront à jamais ceux où s’est produit l’horreur?

Il y a ceux qui ont croisé le chemin des monstres en se faisant braquer ou voler leurs voitures, et qui ont certainement dû penser en les reconnaissant que leur dernière heure était venue.

Ceux qui ont assisté à ces tueries de loin, sans doute abasourdis et pétrifiés, et qui ont vraisemblablement craint pour leurs vies.

Ceux qui ont accouru pour secourir les victimes de Charlie Hebdo, ceux qui, les premiers, ont posé pieds au milieu de
l’indicible. Face au carnage, aux corps, à l’effroi. A Patrick Pelloux, urgentiste de renom et collaborateur du journal, faisant face aux dépouilles de ses amis. Au journaliste Martin Boudot. Et à tous ces autres qui ont fait preuve d’un courage exemplaire en donnant les premiers secours sans même être certains que la zone était sans danger.

Toutes ces victimes silencieuses. Celles dont on ne parle pas, mais qui reverront sans doute ces trois hommes dans leurs cauchemars. Celles qui revivront les images, les sons, les odeurs, sans pouvoir en interrompre le fil. Celles pour qui la peur sera encore constamment présente, même lorsque les autres auront repris le cours normal de leurs vies, que les médias feront leurs gros titres d’autres affaires et que les 7 et 9 janvier 2015 feront partie de l’Histoire. Toutes ces victimes pour qui la vie, le monde, auront forcément changé. Tous ceux qui sont à présent revêtus d’une marque indélébile et dont les rires, les pensées et les silences ne pourront plus être aussi légers.

C’est à ces personnes que je pense. A leur chagrin que je ne pourrai jamais mesurer. A la peur qui les habitera peut-être et aux difficultés qu’elles auront à se reconstruire. A ce désemparement que nous autres, qui n’avons pas vécu ces instants, ne pourrons totalement comprendre. Au courage dont chacune a et devra faire preuve. Et, sans être croyante, j’ai envie de prier – une force supérieure, une étoile, peu importe – pour que toutes ces victimes silencieuses puissent s’en relever. Leur crier mon admiration, mon respect et ma compassion.

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