Si j’étais moi.

Je savais que ce serait dur.

IPMN-0221

Je savais que préparer un déménagement à l’étranger, trouver un appartement, tout en passant les examens finaux de l’école du Barreau serait éreintant, stressant, parfois décourageant.

Mais je crois que dans la douce folie qui a suivi l’annonce de ma nouvelle vie (« on se casse, on se casse, on se caaaaasse »), je n’avais pas mesuré l’ampleur de la tâche. Ou pas voulu la voir.

Et pourtant, on y est. Il faut penser cartons, démarches administratives, résiliations, voyages. Il faut aussi penser examens, déontologie, révisions. Il faut penser famille, amis, dire au revoir à tout le monde.

Et même si je l’ai désiré plus que tout, même si je suis heureuse de retrouver l’Angleterre, j’ai peur. Terriblement. Ces dernières semaines, j’étouffe sous des angoisses continuelles. J’ai peur de ne pas y arriver, que ce soit là-bas ou ici. J’ai peur de foirer mes derniers examens, parce que réviser est difficile quand on doit en même temps poser les jalons d’une autre vie ailleurs. Mais aussi parce que j’ai peur, tout le temps, de me planter.

J’ai peur de ne pas parvenir à m’acclimater à la vie d’étudiante londonienne, de ne pas comprendre les cours, la langue, que l’on ne me comprenne pas. J’ai peur de faire une année d’études supplémentaire pour me planter encore une fois, et de sacrifier les économies d’une vie à cause d’une nouvelle erreur.

J’ai peur de quitter mes amis, mes repères. Mes copines chéries, les meilleures du monde, avec lesquelles je peux aussi bien rire qu’avoir les conversations les plus sérieuses, et qui répondent toujours présentes. Ma bande de garçons du lycée, que j’aime comme des frères, et qui me rappellent sans cesse d’où je viens. Tous font partie de ce que j’ai de plus cher au monde, et je mesure la chance que j’ai de les avoir dans ma vie.

Et puis, il y a la famille. Comment faire avec une maman qui fond en larmes à chaque fois qu’elle évoque mon départ? Comment gérer la culpabilité de la laisser ? Je suis convaincue que je dois enfin vivre pour moi et devenir l’unique maîtresse de mon avenir. Partir m’aidera à couper le cordon et à me détacher de la pression familiale. Mais pour autant, comment quitter sereinement une maman qui, psychologiquement, ne va pas bien? Comment partir sans se retourner alors que son état ne fera qu’empirer? Comment vivre chaque jour en ayant peur de la sonnerie du téléphone et des nouvelles qui pourraient arriver?

Parfois, j’ai l’impression de perdre pied. Que je fais une erreur. Que j’ai vu trop grand. Je ne sais plus comment y arriver. Dans ces moments-là, Jean-Philippe Star est toujours présent. Il est mon pilier, la caresse qui me rassure et la voix aimante qui me murmure que tout va bien se passer. Il est fort pour deux… mais jusqu’à quand? Je suis insupportable. Je m’énerve, je perds patience, j’envoie tout valser et je veille méticuleusement à tout saboter. Parce que ce serait tellement plus simple de ne pas avoir à affronter ce qui me fait peur, ce qui me fait du mal. Parce qu’au moins, je ne prendrais pas de risques.

La vérité, c’est que je crois que je me déteste. Que j’ai beau vouloir me rassurer (« c’est pas grave si t’es un bébé-avocat qui n’a plus envie d’être avocat, ça arrive« ), je m’en veux terriblement. D’avoir manqué de courage, de m’être voilée la face durant des années, parce que c’était évidemment plus facile que de se remettre en question. D’avoir trop écouté les autres, sans prendre le temps de me poser, de regarder les nuages, de me demander qui j’étais et ce que je voulais devenir. D’avoir été obsédée par ce qu’« on » allait penser de moi, sans penser à faire de moi quelqu’un que j’aime. Malgré tous les efforts que j’ai fournis, le travail que j’ai accompli, je n’arrive pas à être fière de moi. Et pire, je m’en veux de faire rejaillir cette frustration sur ceux que j’aime le plus. Si un jour je me retrouve seule, ce sera entièrement de ma faute.

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Une réflexion sur “Si j’étais moi.

  1. J’aurais trouvé davantage inquiétant que tu ne t’inquiètes pas toi-même de ce nouveau phénomène. Le fait que tu sois flippée prouve que tu te poses des questions et que tu te rends compte des enjeux, c’est relativement inconfortable mais ça n’engage que du positif. Tu es loin de faire n’importe quoi, tu as réfléchi, nous le savons tous. Après, c’est de l’organisation, c’est pénible, c’est vrai.

    Tu dis que tu as peur de ne pas y arriver là-bas et tu parles même d’échec à un moment. Sauf que l’échec n’existe pas, le monde est fait de gens qui essaient les choses. Parfois elles fonctionnent comme on le souhaite, parfois un peu moins bien, mais ce n’est pas un échec, c’est une expérience qui te donne des indications pour la suite.

    Et puis il y a la famille. Tu culpabilises peut-être mais sauf ton respect, tu ne pars pas en Australie non plus. A un moment il faut commencer à vivre pour soi et pas seulement pour les autres, cela ne veut pas dire pour autant que tu oublies les gens que tu aimes. Ma copine Pauline qui est partie s’expatrier en Irlande, tu crois vraiment qu’elle a oublié sa maman qui doit s’occuper de son frère handicapé mental et de son père très affaibli après un AVC ? Non, loin s’en faut. Seulement, là où elle est aujourd’hui, elle respire, chose qu’elle avait un peu oublié de faire depuis quelques années.

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