« Oui alors là, j’arrive à un carrefour : je tourne où? »

Souvenez-vous, dans mes précédentes (et passionnantes) aventures, je réalisais que j’étais un bébé avocat qui n’avait plus du tout envie d’être avocat. Dans un premier temps, je me suis interrogée sur les raisons pour lesquelles je m’étais infligée 8 ans d’études et un concours mégadifficilesaracedesagrandmère alors que je savais pertinemment que ce boulot n’était pas pour moi :

– Ben… Parce que j’aime bien porter des robes… Alors je trouvais ça cool où une profession où on porte une robe… Et puis, les robes d’avocat, elles ont de la fourrure, c’est joli…

Non, bien évidemment. Le manque de courage. La peur de décevoir. L’envie de plaire et d’être reconnue pour quelque chose. De faire un truc un peu chiadé parce que j’avais soit disant « des capacités » (on a tous des capacités, les gars). La peur bleue de l’échec. Respecter les attentes. La crainte de passer pour une neuneu si j’abandonnais. Voilà, les raisons. En vrac, et sans prétendre à une quelconque exhaustivité, hein.

Revolver

J’ai dû progressivement annoncer la nouvelle. J’ai eu de bonnes et de mauvaises surprises. J’ai dû faire face à l’incompréhension, souvent :

– Mais alors tu veux plus être avocat?
– Non Mamie.
– Mais alors… tout ce que t’as fait, ça te sert à RIEN?
– …

Faire comprendre aux gens que, non, ce n’est pas un caprice, ni une passade, que je ne suis pas temporairement fatiguée mais que, vraiment, vraiment, je ne veux plus exercer ce métier, c’est comme ça :

– Non non non non non non, tu vas m’écouter et faire ce que je te dis. Tu continues encore un an et ça va aller mieux. T’as rien à perdre?
– Ben si, un peu. Ma joie de vivre, ma santé…
– Mais on s’en fout de ça ! Quand tu seras noyée dans le Lexomil, t’y penseras même plus !

Alors, après avoir passé des semaines à m’en vouloir, je me suis dit qu’il fallait remonter la pente. Trouver une solution. Tordre le cou à la peur et me bouger les miches, parce que personne d’autre ne le ferait à ma place. Et que ce n’est pas un problème accessoire hein, c’est juste ma vie qui est en jeu.

Ma première envie, c’était de prendre JPS et le chat dans mes bagages, et que l’on retourne vivre à Londres. C’était à la fois une issue, un exutoire et le seul rêve qui me restait. Face au vide vertigineux que j’avais devant moi (« coucou, je ne sais rien faire d’autre qu’avocat, mais j’ai pas envie de faire avocat, et j’ai rien envie de faire d’autre non plus d’ailleurs, ma seule perspective, c’est le chômage ou l’élevage de bébé chats« ), cette ville était la seule chose qui me redonnait un peu d’espoir. Alors j’ai cherché. Que faire là-bas? Il est beau mon diplôme franco-français, il est beau mais à l’étranger, il vaut peanut. Autant dire que si je deviens serveuse chez Starbucks, mes parents feront une crise cardiaque.

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J’ai pensé aux ressources humaines. Peut-être bêtement parce qu’il y a le mot « humain » dedans et que, si une chose me manque cruellement dans ma situation actuelle, c’est de faire de l’humain. J’ai trouvé des formations, manqué de m’étouffer devant le montant des frais d’inscription, et puis je me suis dit que si c’était le prix d’une vie plus sereine, ça valait peut-être le coup.

Et puis JPS est revenu du boulot :

– Mon patron veut me donner une promotion !
– Mais… mais… y’a 2 mois, il a dit « non non, désolée JPS, c’est pas le moment, tu dois encore faire tes preuves » ?
– Ben voilà, j’ai fait mes preuves.

Pour corser le tout, lors de notre dernier week-end à Londres, j’ai été prise d’une légère crise de panique. C’était peut-être le fait de regarder les choses avec la perspective d’habiter ces lieux d’ici quelques mois, mais soudainement, je trouvais tout naze :

– C’est vrai que l’architecture est moche, quand même. Tu te rappelles l’appartement qu’on avait? Pourquoi les anglais ont cette manie de foutre de la moquette partout?

J’ignore pourquoi, mais cette histoire de moquette m’a obsédée (je suis sûre que je viens de perdre les quelques courageux lecteurs qui ont réussi à lire jusqu’ici). Je repensais à l’immonde moquette bleue que j’avais quand je vivais là-bas. Et tout est devenu très compliqué. Le montant prohibitif des loyers, et si les resssources humaines ne me plaisaient pas, et je peux pas faire une année d’études en plus, et est-ce que j’ai le courage, et j’ai peur, et si je me plantais à nouveau, et ça veut dire que JPS doit lâcher son boulot pile au moment où il est promu, et qu’est-ce que je vais faire de ma vie, et…

On sait ce qu’on laisse, mais pas ce qu’on trouve. Et c’est sûr que je laisserais de belles choses en France. D’un autre côté, je n’ai pas envie de me retrouver un jour mariée, avec des gamins, une maison et une vie planplan à me dire « je n’ai pas suivi mes rêves et je me suis enfermée dans une vie sécurisante mais qui ne me convient pas« . Alors je fais quoi? Eh bien je ne sais pas…

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La fable des époux divorcés

Il y a quelques années, j’étais stagiaire dans un cabinet d’avocats spécialisé en droit de la famille. Le genre d’endroits dans lequel les récits d’adultère sont quotidiens, les colères se déversent, les rancœurs pleuvent et où la véritable solitude surgit sur le pas d’une porte. Il y a ces épisodes de flottement, où l’on a le sentiment que, quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, le client vient davantage pour se confier que pour entamer une procédure. Il y a ces moments curieux, où deux ex-époux fraîchement divorcés se serrent longuement dans leurs bras à la sortie du tribunal.

Famille

Et puis il y a des familles qui interpellent plus que d’autres. Sans que l’on sache toujours pourquoi : un détail physique, une ressemblance, une parole, un geste, qui font écho à notre propre histoire. Pour ma part, je me souviens toujours du premier couple qui m’ait vraiment marqué. C’était un des premiers dossiers que je gérais seule, comme une grande. Avant de les recevoir en rendez-vous, mon maître de stage m’avait livré les premiers éléments de leur histoire. Ils étaient jeunes, 27 ans, je crois, parisiens, mariés depuis à peine un an, et souhaitaient un divorce par consentement mutuel. « Par consentement mutuel », ça veut dire que les conjoints sont d’accord sur qui aura la garde des enfants, qui reprendra la télé et cet affreux service en porcelaine reçu en cadeau de mariage… En six mois, on pouvait plier leur histoire : j’étais contente, j’allais pouvoir les assister du début à la fin.

Je me rappellerai toujours de notre premier rendez-vous. A peine étaient-ils entrés dans la pièce que ma première pensée fut « ouah, ils sont vraiment trop beaux« . Pas des mannequins, mais réellement mignons et assez bien assortis pour que j’ai eu envie durant tout l’entretien de leur demander : « vous êtes sûrs que vous voulez pas rester ensemble? C’est con hein, vous faites un si joli couple« . Il était blond, fin et il écoutait tout ce que mon maître de stage et moi disions avec attention. Elle avait de beaux cheveux bruns, bouclés, de grands yeux noirs et, clairement, on lisait sur son visage qu’elle était dégoûtée d’être chez un avocat quelques mois après qu’ils aient promis de s’aimer pour la vie.

Je n’ai jamais su pourquoi ils voulaient divorcer. Dans ce genre de contexte, quand les époux n’évoquent pas les raisons de leur séparation, on ne les demande bien entendu jamais.

Je suis ressortie de ce rendez-vous terriblement triste, sans savoir réellement pourquoi. Peut-être parce que je m’étais identifiée à eux, que je les trouvais si joliment assortis, si sympathiques, que je leur rêvais une jolie histoire, de beaux enfants, une vie peinarde… pas un jugement de divorce.

J’ai fait mon travail : j’ai recueilli les pièces, rédigé leur convention de divorce, fait signer les parties, envoyé le tout, effectué les formalités nécessaires. Et quelques mois plus tard, après une brève audition auprès du Juge aux Affaires Familiales, mon couple si parfait était divorcé. Voilà. Il y aurait marqué à tout jamais sur leurs actes de naissance « divorcé de Mademoiselle Machin/divorcée de Monsieur Truc », ça ne s’effacerait jamais et cet échec à l’aube de leurs vies resterait gravé sur le papier.

C’était en 2011. Retour en 2014. Il y a quelques jours, j’ai repensé à ce couple. M’est alors venue une irrépréhensible envie de savoir ce qu’ils étaient devenus. Merci Google, merci Facebook, en quelques secondes vous pouvez récolter de précieuses informations sur la vie privée de parfaits inconnus.

Monsieur s’est remarié il y a quelques mois. Sa photo de profil le montre en costume trois pièces au bras de sa nouvelle femme. Elle travaille dans la mode, mais malgré cela, j’ai trouvé sa robe de mariée plutôt vilaine, ce qui n’engage que moi. Il a le sourire vissé aux lèvres, le regard fier, et je me suis demandée s’il avait cette même expression lors de ses premières noces.

Madame (ou ex-Madame, plutôt) est devenue maman. Sa fille doit avoir approximativement dix mois. Elles ont les mêmes cheveux bruns et les mêmes yeux rieurs. Elle a quitté Paris pour vivre près de la mer.

Et j’ai pensé…

Ce couple s’est marié en 2011. En l’espace de trois ans, ils ont eu le temps de se marier, se séparer, divorcer, rencontrer quelqu’un d’autre, déménager, se remarier pour l’un, faire un enfant pour l’autre. Leurs vies sont aux antipodes de ce qu’ils prévoyaient il y a trois ans.

Trois ans… et tout a changé. Rien n’est plus pareil, rien ne s’est déroulé selon leurs plans.

Et moi, où serai-je dans trois ans? Moi qui passe mes journées à essayer de prévoir, de me tracer un chemin, une issue de secours? Moi qui prévois de déménager, de recommencer ailleurs, qui échafaude sans cesse des itinéraires vers une vie qui me conviendra enfin. Moi non plus, il y a trois ans, je n’aurais jamais imaginé ma vie telle qu’elle est aujourd’hui. Je me voyais fièrement une robe et une carrière d’avocate, m’épanouir dans cette profession et commencer à voyager. Aujourd’hui, j’ai enfin admis que cette voie ne me rendrait pas heureuse, je n’ai pas une quenouille pour voir du pays et je marche sur des incertitudes. Mais je me console en me disant que dans trois toutes petites années, tout pourra avoir changé…

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