Youpi, je suis presque diplômée ! D’un métier que je ne veux pas exercer.

Dans un an, je serai diplômée. D’un métier que je ne veux pas exercer.

C’est dommage, j’aurais pu m’en rendre compte en 1ère année, comme 90% des gens qui renoncent à faire du droit. Ou même un ou deux ans plus tard, comme les 10% restants. Mais moi, je suis soit un peu masochiste, soit un peu débile sur les bords, j’ai attendu d’avoir BAC + 7 et un diplôme d’avocat presque en poche pour me rendre compte que j’avais pas envie de faire ce boulot.
Alors, je vous vois venir, oui, j’ai bien réfléchi. Non, ce n’est pas une passade. C’est pas la grippe, c’est pas l’hiver, c’est pas la période de Noël propice à la tristesse et aux suicides non plus. J’aimerais bien que ce soit que ça : quelques doutes, une petite crise passagère, deux-trois angoisses par-ci, par-là, ainsi font font font, trois petits tours et puis s’en vont. Malheureusement, ça ressemble plus à l’ultime confirmation de craintes qui me taraudent depuis plusieurs années déjà. Le jour où j’ai eu le Barreau, j’ai même pas réagi : j’ai pas hurlé, j’ai pas sauté de joie, j’ai pas pleuré d’épuisement. Je venais de cravacher pendant 6 mois comme un chien, j’avais passé un exam qui m’avait tellement usée que je ressemblais à mon ombre, j’avais commis la prouesse de le décrocher du premier coup. Pourtant, assise en tailleur sur mon lit, l’ordinateur affichant les résultats sur mes genoux, j’étais abasourdie. Jean-Philippe Star essayait vainement de m’arracher un signe de contentement :
– Tu te rends compte ? Ca y est, tu es ELEVE-AVOCAT ! Ton rêve prend vie !
– …
– Mais REAGIS ! Je sais pas moi, fais une danse de la joie, chante du Lady Gaga, fous-toi à poil à la fenêtre et annonce la bonne nouvelle aux voisins !
La vérité, c’est que déjà, à ce moment-là, je me demandais « à quoi bon ? ». A quoi bon m’être donnée tant de peine, si c’est pour te ressentir si peu de joie ? A quoi bon être passée par tout ça, toutes ces angoisses, ces nuits entières à se battre avec mes propres peurs, pour un métier dont je doute déjà, pour avoir remporté une place qui n’est peut-être pas la mienne ?
Je ne pense pas avoir idéalisé ce boulot. Je savais bien que la grande robe noire et les plaidoiries, c’était une partie infinitésimale du quotidien de l’avocat, je n’avais pas le fantasme de devenir la nouvelle Temime ou Dupond-Moretti. Je me disais simplement qu’en embrassant une telle carrière, j’allais pouvoir aider un peu les gens, me sentir utile.
Pourtant, aujourd’hui, cloîtrée dans mon petit bureau de stagiaire, essayant vainement de me dépatouiller avec des problématiques juridiques encore plus compliquées que moi, je trouve tout cela absurde et vain. J’ai l’impression d’avoir revêtu une robe qui me va bien, mais que je ne me vois pas porter (la métaphore précitée est sponsorisée par l’ensemble de la blogosphère mode, merci). Ce n’est pas moi, ce n’est pas mon style, ce n’est pas ce qui m’épanouira. J’aurais certainement dû avoir le courage de l’admettre bien avant, bien avant ces huit années, bien avant de passer les diplômes en surenchères, bien avant de m’épuiser et de perdre toute confiance en moi. J’aurais pu me laisser le temps d’avoir des idées sur ce que j’avais vraiment envie de faire et pas seulement sur ce que je pouvais faire. Aujourd’hui, je ne sais même plus. Je dévie à la dernière minute d’une route qui était déjà tracée. Je dévie sur un chemin qui n’est même pas encore bitumé, sans aucun panneau indicateur pour me repérer :
      – Bon OK, mettons, avocat c’est pas pour toi. Est-ce qu’il y a un autre domaine qui te plairait ?
       – Ben, je sais pas tellement en fait…
        – Qu’est-ce que tu aimes dans la vie ?
     – Les shocko-bons. Kate Middleton. Lire. Faire du toboggan. Le rouge à lèvres. Tu crois que je peux trouver un métier avec tout ça ?

« Et en attendant, je fais quoi ? ». En attendant, tu continues l’école d’avocats. Tu continues ce stage qui te confirme tous les jours que ce boulot n’est pas fait pour toi. Tu te débrouilles pour serrer les dents, pondre deux rapports de stage et passer des examens même si tu sais qu’il n’y a plus rien à gagner. Juste histoire de ne pas avoir fait ça pour rien. Tu essaies de trouver un semblant de perspective, au moins quelque chose de supportable et qui ne te fasse pas vomir. Non, coudre des robes à paillettes, ce n’est pas une perspective d’avenir, tu ne sais pas coudre. Tu essaies de garder le moral en te disant qu’après tout, ce n’est pas si grave, tu as un Jean-Philippe Star qui t’aime, c’est déjà pas mal. Peut-être qu’en 2014, tout ira bien et le sentiment de détresse qui couve en toi sera remplacé par un beau projet qui te fera sourire. 

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26 réflexions sur “Youpi, je suis presque diplômée ! D’un métier que je ne veux pas exercer.

  1. Je comprends ton désarroi et tu me fais terriblement penser à notre pote François qui s'est rendu compte à la fin de son doctorat de biologie à l'école des Mines qu'il n'avait pas envie de continuer dans cette voie. Aujourd'hui il s'est recyclé en professeur des écoles et il s'éclate.

    Là où je suis d'accord avec toi, c'est que si tu es à deux doigts de terminer cette longue formation, fais-le, n'abandonne pas à deux mètres du bol de sangria. Ce sera dur et ça va t'emmerder mais ce sera toujours ça de pris, ça te permettra de te reconvertir.

    Et puis après tout, coudre ça s'apprend… (en moins de temps que pour devenir avocate, j'en suis sûre).

  2. Moi je suis p'têt un peu candide (en plus d'être beau gosse j'veux dire), mais je me dis après dans ta branche, y a pas des secteurs un peu plus sympas que d'autres ? Est-ce que ça reste large ? Ca peut pas t'ouvrir des débouchés autre dans des milieux qui te plairaient plus ? J'espère qu'en tout cas tu finisses bien vite ce stage et que de nouveaux horizons s'ouvrent à toi. 🙂

  3. L'avantage du droit, c'est que c'est pas comme l'étude des gallinacés sur la partie sud/sud-est de l'Indochine, ça ouvre quelques portes, oui 😉 Encore faut-il savoir lesquelles… Et c'est pas facile de savoir, y'a pas de guide tout fait des branches qui pourraient nous convenir genre ONISEP :/ Et puis, de manière générale, je me sens incapable de faire quoi que ce soit en fait.

  4. Bac + 4 (deux master 1…) pour ma part en droit et j'en arrive (enfin) à la même conclusion que toi. Et l'an prochain, c'est décidé, je me réoriente.
    Le bon côté comme tu l'as dit dans un commentaire, c'est que le statut d'avocat peut t'ouvrir pas mal de portes.
    Directrice du département juridique pour une marque de cosmétique ? ou pour Kinder ? 🙂 enfin en tout cas, le droit est souvent lié à la gestion, au management, parfois au marketing. Pour quoi pas ce genre de choses.
    Enfin je me sens bien bête de te « conseiller » du haut de mon bac +4… haha. Quoi qu'il en soit, bon courage pour la dernière ligne droite qu'il te reste 🙂
    Bises

  5. Le genre de témoignages qui me rassurent un peu (j'imagine que c'était pas le but, mais c'est le cas tout de même). Je viens de terminer un Bac+5 en informatique (un peu plus modeste que toi, mais tout de même) et j'ai toujours ressenti que j'étais un peu à part, que je n'avais pas vraiment de passion pour tout ça.

    Finalement c'est le mémoire qui a finit par me bloquer, et aujourd'hui je me retrouve à chercher du travail sans réellement arriver à montrer ma détermination pour exercer ce travail…parce que je ne pense pas en avoir.

    En tout cas, je te souhaite du courage pour la suite. C'est vrai que tu es allée loin donc d'un œil extérieur, c'est normal de t'encourager à boucler ce que tu as eu tant de mal à construire. Peut-être que les débouchées intéressantes se révéleront par la suite. C'est tout ce que je te souhaite en tout cas.

  6. j'ai fait droit aussi mais je suis pas allée aussi loin que toi. comme toi, je me suis rendue compte que ça me faisait pas rêver du tout alors j'ai changé de voie… pour y revenir par la suite, d'une certaine façon. L'avantage c'est qu'il y a énormément de trucs que tu peux faire. Perso, j'ai procédé par élimination (ça? ah non quelle horreur… ça? erk j'aime pas… etc). C'est long, c'est surement pas la meilleure méthode, mais au bout d'un moment, tu y vois plus clair 😉 courage et bonne réflexion 😉

  7. Ma pauvre… je comprends ton désarroi. Puisque tu es presque au bout, effectivement, autant valider ton statut d'avocate, ça sera toujours ça de gagné pour te reconvertir ensuite (ou alors devenir l'avocate attitrée de Kate Middleton).
    Mais si tu sais avec certitude que tu veux changer de voie, n'attends pas… Plus on s'installe pour de bon dans un boulot, une routine… plus il est dur par la suite d'en changer.
    Bon courage à toi pour la suite!

  8. Pareil continue et crois moi tu vas trouver une branche qui t'aide. Tu voulais aider des gens ? Fais avocat commis d'office ou l'avocat des mairies, des associations. Tu gagneras peu mais tu aideras. OU fait du droit dans une boite, vend tes services à des PME qui débutent, à des auto-entrepreneurs. Tu peux faire tellement de chose pour aider les gens dans ton domaine !! Tu dois juste être dans une phase creuse et tu n'as pas d'idée mais va sur des forums, parle à tes profs 🙂

  9. Peut-être qu'au lieu de te demander ce que tu veux tu devrais procéder par élimination et trouver ce que tu ne veux pas, gnre travailler seule dans un bureau, avec des animaux, avec des enfants, du concret, du plus théorique, etc.

  10. Je te souhaite de trouver ta voie !

    J'ai « souri » en lisant ton article, je suis dans la même position. Je suis en deuxième année de Lettres Modernes, j'ai voulu aller en apprentissage (sans succès) l'année dernière et je pense retenter cette année.

    Je ne crois pas aux listes, j'ai fait des tests sur internet qui m'ont un peu orienté. Je n'ai pas vraiment de conseils à te donner, je pense qu'il faut se laisser le temps, tenter des choses.

    Bon courage !

  11. C'est exactement ce que je me dis. Je crois que la moitié des avocats arrêtent dans les 5 premières années d'exercice. Je n'ai pas envie de passer par là, tout en sachant que je suis vraiment mal partie. Merci pour ton commentaire 🙂

  12. Pingback: De la difficulté de choisir sa vie | mademoiselle hortensia

  13. Pingback: All over again. | mademoiselle hortensia

  14. Bonjour, je tombe sur ton article un peu tardivement, et moi qui ne poste jamais d’habitude sur les blogs, je me suis qu’il fallait que je te laisse un commentaire : pour moi c’est un peu l’inverse de toi, j’ai commencé le droit en procédant par élimination après un bac L. J’ai failli rater ma 1ère année, et presque failli me réorienter (si j’avais eu le concours sciences po, je ne serais pas là à en parler!)
    Et en 2ème année, mon père me pousse à faire un stage en cabinet d’avocats (moi : « rhoo mais non je sais que c’est pas ça que je veux faire!), et finalement j’y vais. Ma maître de stage était spécialisée en droit de la famille, rien de passionnant pour moi. Mais son associé était spécialisé en droit du travail, une matière que je ne connaissais pas encore, et il a été un vrai mentor pour moi car gentil, pédagogue, toujours de bonne humeur, avec beaucoup d’humour. Ce stage a été une révélation, j’ai continué tous les ans à y retourner en stage, et ça m’a aidé à tenir le coup pendant tous les partiels, et surtout pour le concours d’entrée.

    Et aujourd’hui je suis avocate depuis 3 ans : c’est dur, il y a des hauts et des bas. Des moments où lorsque je plaide bien, et que mon client est content, c’est un vrai bouffée d’énergie et d’adrénaline. Et des jours où tout va mal, où on se sent submergée par le boulot, par les problèmes des autres alors qu’on ne parvient pas à régler ses propres problèmes.

    Tout cela pour dire que j’ai fait ce métier comme toi par volonté d’aider les autres. Parfois je sens que j’y arrive bien, souvent pas suffisamment bien voire pas du tout. Mais les bons moments surpassent (encore) les mauvais.

    Dans ton article, tu n’évoques pas les raisons de ce « désamour », mais en lisant à travers les lignes, j’ai l’impression que ton stage a également agi comme un révélateur mais en sens contraire. Si c’est pour cette raison que tu veux tout abandonner et changer de branche, alors n’abandonne pas. Un stage n’est qu’un stage. Je ne sais pas si tu en avais fait d’autres avant. Mais laisse toi la chance de rentrer dans la profession, de trouver un mentor ou du moins quelqu’un qui travaille comme toi tu aimerais travailler. Si ta spécialité ne te plaît plus, alors changes-en (j’ai une amie qui change de spécialité comme de chaussettes, et elle ne s’en porte pas plus mal!). Et si au bout du compte, tu ne trouves toujours aucun intérêt à ton travail, alors n’aie pas peur de quitter le barreau et de faire autre chose. Tu es jeune, le changement de cap même s’il effraie n’est qu’un pas sur le long chemin professionnel qu’il te reste à accomplir.

    Et puis regarde, il y a d’excellents exemples de reconversion : http://www.youtube.com/watch?v=4Sy2Bt-TQDA

    Bon courage!

    Jade

  15. Pingback: (Remonter à la surface pour enfin respirer) | mademoiselle hortensia

  16. Pingback: « Et le boulot, comment ça se passe?  | «tango, foxtrot, charlie

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