« Et le boulot, comment ça se passe? »

L’autre week-end, c’était réunion annuelle de famille. Tu prends les oncles, les tantes, les huit générations de cousins, cousines, maris des unes, femmes et enfants des autres, ça donne à peu près 800 personnes. En général, j’aime pas les fêtes où il y a trop trop de monde, mais celle-là ça me fait plaisir d’y aller parce que 1) je revois mes deux cousines funky que j’idolâtre, 2) je suis la star des moins de 11 ans et que j’ai toujours une ribambelle de gosses qui me tourne autour, 3) ma tata cuisine toujours un tas de trucs cools (et que je peux me faire un repas entier à base de croissants à la fleur d’oranger, personne me dit rien).

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Donc oui, bon, c’était cool, sauf quand est venu le moment de discuter avec un tonton que je vois globalement deux fois par an et avec lequel mon plus long échange a sans doute été « est-ce que tu veux du pain?« . Bon, d’abord, il a cherché mon prénom pendant 20 secondes, il a dû tenter les prénoms de toutes les femmes de ma famille (« Clara? Lucia? »)  avant de trouver le mien (« Giulia? Jeanne? ») mais il a fini par y arriver  (« Joséphine ? Giovanni? »). Et puis, évidemment, comme il fallait trouver un sujet de conversation, on a choisi le plus évident, celui qui alimente n’importe quel entretien, la fameuse variante du « tu fais quoi dans la vie? » mais avec les gens que tu connais déjà, aka : « et le boulot, comment ça se passe?« .

Huuum, ben oui, tiens, comment ça se passe? Plutôt bien, en fait. Mon chef est content de moi, on m’a offert un CDI sans même que j’aie à le demander et, jusqu’à présent, j’ai réussi à ne pas faire couler la boîte. On peut dire que j’ai pas à me plaindre. Sauf que. Sauf que 90% de ce que je fais ne me plaît pas, que le ras le bol dont je parlais déjà il y a trois ans, deux ans et demi, ici ou encore  est toujours bien présent et que, clairement, je ne me vois pas faire ce travail toute ma vie. Et c’est j’ai expliqué à mon tonton.

Et là, il m’a parlé comme à une gamine capricieuse qui peste parce qu’elle n’a pas eu le dernier iPhone à Noël :
– Ah bon, et tu veux faire quoi? Toi-même tu sais pas ce que tu veux faire. T’as quitté le Barreau mais c’était bien avocat, fallait faire avocat, ah oui, ça, fallait faire avocat. Alors tu veux faire quoi? Retourne à ton cabinet et fais avocat. Parce que tu veux être quoi, toi, toi-même tu sais pas, hein, ce que tu veux être. Avocat c’était bien, je suis sûre que tu étais douée en plus, et puis là tu dis que tu aimes pas ce que tu fais, mais tu veux faire quoi? Et puis tu crois que le travail c’est facile, mais après tout, qu’est-ce que tu voudrais faire au juste? Moi je pense que tu devrais retourner en cabinet et être avocat, et puis voilà. 

Ouiii d’accord, merci Monsieur Onisep, c’est vrai qu’on se connait tellement bien.

Bon, en vrai, je me fous clairement de ce qu’il pense. Mais j’ai trouvé fou de ne pas pouvoir dire librement en famille : « ben non, mon taff ne me rend pas heureuse« .  Où est le mal, où est la honte, où est l’irréparable dans tout ça? Je devrais être en mesure de le dire simplement, sans être jugée, sans être prise de haut. Sans être regardée comme une personne irréfléchie, qui aurait décidé un beau matin que, ça y est, son boulot est insupportable et qu’elle a envie de changer. Non tonton, je ne suis pas une gamine paumée qui fait une crise d’ado à retardement. Je ne suis pas une faible qui baisse les bras un peu trop facilement, je n’ai aucun comptes à rendre : j’ai fait 8 ans d’études et je me lève tous les matins pour aller bosser. Mais, oui, ça fait des années que je ne me sens pas à ma place dans cette voie, que je réalise chaque jour que je ne suis pas faite, pas douée, pas calibrée pour. J’ai voulu arrêter, j’ai même été jusqu’à traverser la Manche mais mon plus grand malheur dans tout ça, c’est sûrement de ne pas savoir précisément ce que j’ai envie de faire d’autre. Tout ça serait sans doute plus facile si je mourrais d’envie d’être infirmière, de créer des bijoux ou de travailler dans une bibliothèque, bref, si j’avais un projet. Malheureusement, je ne sais toujours pas à l’heure actuelle ce pour quoi je suis vraiment douée ni ce qu’il me plairait de faire.

Alors non, c’est vrai, ça fait pas tellement Génération Y de dire ça, et à côté de mon tonton moralisateur, il y en a d’autres, aux yeux desquels je passe sans doute pour une soumise, parce que « moi je pourrais jamais faire un boulot qui me fait chier’annnh, impossible quoi, je préfère ne rien faire« . Et c’est bien beau, mais moi, en attendant, je ne vis pas d’amour et d’eau fraîche et j’aspire à une certaine liberté (sans doute relative). Je n’ai pas oublié mes 7 mois de chômage, sans doute les pires de ma vie. Je n’ai pas oublié combien je me sentais misérable à vivre aux crochets de mon mec. Je n’ai pas oublié les journées entre mon lit et le wifi. Je n’ai pas oublié combien je me sentais seule, inutile et perdue à ce moment-là. Je n’ai pas oublié combien tout me semblait insurmontable. Et c’est aussi pour ça qu’en dépit de tous les inconvénients de mon travail, je mesure vraiment ma chance : celle de gagner ma vie, de pouvoir être indépendante et faire des projets.

Alors non, c’est sûr que le tableau n’est pas merveilleux. Mais je veux pouvoir le dire, l’écrire, librement, sans en avoir honte, et surtout devant quelqu’un de ma famille. Y compris devant un tonton relou qui me connaît à peine. Parce que mine de rien, tout cela demande une certaine forme de courage pour continuer, d’honnêteté intellectuelle pour évoluer, et d’efforts pour (vraiment) se trouver. Et que ça arrivera, j’en suis persuadée.

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Bref, j’ai un nouveau collègue glandu.

Rhaaaa la la, alors que j’ai tellement de choses à raconter, mon ordinateur me lâche peu à peu (on en est à 2 minutes pour ouvrir une page internet, c’est dire si là tout de suite je suis motivée pour écrire).

Bon, parlons peu, parlons bien : depuis quelques semaines, on a un assistant au boulot  et c’est pas une sinécure (c’est pas faux). Déjà, il a mis 4 semaines à comprendre que c’était pas la peine de photocopier les pages une par une et qu’un génie avait inventé une fonction qui permettait au copieur de photocopier recto-verso tout seul. Dans à peu près 8 mois, il aura découvert la fonction « impression en couleurs » (si on a de la chance).

J’aurais dû me méfier dès son premier jour : j’avais voulu la jouer cool, donc je lui avais demandé de venir « pour 9h30 ». Dans ma tête, ça voulait dire : à 9h30, t’es derrière ton bureau, les fesses posées sur ta chaise. Pour lui, ça voulait dire : se pointer à 10h15, la bouche en cœur et les mains dans les poches. Quand il m’a demandé « ça va? ça fait pas trop tard?« , j’ai déployé toute ma pédagogie pour lui expliquer que si si quand même et qu’en entreprise, on arrive rarement à cette heure-là.

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La semaine d’après, il est carrément pas venu de la matinée. Il était pas marqué absent sur le planning et il avait rien dit de particulier la veille. Au fil des heures, je suis passée de « il a du avoir des problèmes de bus » à « il a dû avoir une panne de réveil » à « mince, il doit y avoir quelque chose de grave ». Tu penses Hortense. J’étais sur le point de lancer une alerte enlèvement, et puis il est arrivé, à midi, nickel, pépouze :
– C’est parce que je suis allé faire refaire mon permis de conduire. Je pensais que ça allait prendre 10 minutes et en fait, ça a pris presque 3 heures.

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Donc 1) c’est probablement le seul mec en France qui ne sait pas ce que c’est que la Préfecture, 2) se donner la peine de prévenir de son retard, c’est trop lui demander, 3) je dois avoir une tête de G.O Club Med parce que clairement, il pense qu’on est colo, 4) ça devait être trop compliqué de choper mon numéro dans les Pages jaunes pour appeler. Là, je me suis dit qu’il devait vraiment se payer ma tronche (mais pas autant que lorsqu’il  a dit qu’il était en retard à cause de problèmes de bus alors qu’on l’avait vu arriver à vélo).

Gégé les gars, meilleur recrutement de la Terre. Et force est de constater que ma patience s’étiole avec le temps, que je suis fort lasse qu’il mette trois jours pour faire quelque chose qui prendrait trois heures à tout être humain normalement constitué, qu’il me répète « non mais ce soir, ce sera fait, promis » tous les matins et qu’au bout d’une semaine, rien n’est terminé.

Alors par contre, je dois lui reconnaître une qualité, c’est qu’il est extrêmement au fait des nouvelles du monde et de la géopolitique, surtout quand ça concerne Yahoo People et le partage des biens immobiliers d’Angelina Jolie et Brad Pitt.

– Dis, est-ce que t’as pu passer le coup de fil super urgent que le Directeur t’a demandé?
– Ah non désolé, j’étais occupé là. Je lisais un article super intéressant sur l’agression de Kim Kardashian.

Voilà voilàààà. Je vais continuer la méditation encore un moment, je crois.

Mon père croit que j’ai 10 ans.

Donc, comme tu l’auras compris en lisant le titre, pas la peine de venir me challenger dans la catégorie « famille étouffante » parce que je gagne toujours.  Mon père a dû rester bloqué dans les années 90 et croit que j’ai 10 ans pour toujours. J’ai beau être casée, avoir un job et m’assumer comme une grande, son cheval de bataille, c’est de dégoter la moindre situation où il est possible de m’infantiliser. Dernier exemple en date : la lettre aux impôts (oui parce que ces braves gens avaient commis une légère erreur en me réclamant l’équivalent de 10 SMIC alors que j’avais perçu des revenus équivalents à… ben à ceux qu’un apprenti peut toucher, c’est dire si j’étais blindée). Bref, après avoir passé environ 5 heures au téléphone et parlé à 8 personnes provenant de 3 services différents, j’ai écrit une petite lettre recommandée afin de cracher ma haine signifier ma situation. Et c’est là que, tadaaaaam, mon père a absolument tenu à la relire avant envoi. Pour quelles raisons, ça je l’ignore (peut-être pour vérifier que je savais orthographier correctement le mot « finances publiques », moi qui m’en suis farcie deux semestres à la fac, quelle ironie).

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Outre cette absence de confiance pour ce qui est des démarches administratives (je pense aussi qu’il doit régulièrement se demander si je pense à payer mon loyer), mon père pense aussi que j’ai zéro capacité niveau humain.Donc, quand je lui ai annoncé que le père de JPS se faisait opérer la semaine prochaine, il a crû nécessaire de prendre un air de prof de CP pour m’expliquer, comme si j’étais une débile, ce que ça impliquait en termes de relations sociales :

– S’il est hospitalisé, ce serait bien que vous alliez lui rendre une petite visite tu sais…

NO SHIT SHERLOCK, moi qui pensais le laisser se débrouiller tout seul et aller le voir aux alentours de Pâques ! Non, vraiment, c’est à se demander comment je fais pour mener ma vie sans que papa me tienne la main. Ou plutôt, c’est à se demander comment lui fait pour mener sa vie sans nous tenir la main. Parce que se retrouver sans enfants à la maison, à la retraite, sans passion ni amis parce qu’on a passé sa vie à croire que le travail était l’élément central de l’existence, c’est coton. Alors forcément, regarder la télé, ça va cinq minutes et on s’ennuie vite. Et dans ces moments-là, il sort la carte joker, aka : le chantage affectif.

– On se voit le week-end prochain? Ca fait teeeeellement longtemps.

« Tellement longtemps », dans son langage, c’est  8 jours. Pour des parents « normaux », j’imagine que c’est rien, mais pour le mien, c’est comme si j’étais partie servir ma patrie à la guerre. Son passe-temps préféré, c’est se plaindre qu’il ne voit « ja-mais » ses enfants (« tellement longtemps » = 8 jours, « jamais » = 2 semaines, tu suis?). Ca donne des conservations merveilleuses avec les gens dont les enfants habitent à l’étranger :

– Je vois très très trèèèès rarement mes enfants. La dernière fois, ça devait être il y a… pfiou… 15 jours au moins…
– Ah. Moi mon fils vit à Sydney, je le vois une fois par an.

Je pense que son idéal de vie serait que l’on vive tous, parents, enfants, petits-enfants, dans un corps de ferme où on serait ensemble H-24. Il kifferait qu’on soit les Ingalls, quoi. Alors prend un air de chien battu pour me faire comprendre à quel point je suis ingrate, me faire culpabiliser et flinguer mes soirées. Parce que, quoi qu’on fasse, nous les enfants, on est toujours des gros égoïstes qui n’ont aucune reconnaissance, hein. C’est finalement ça, le plus dommage : parce que quand les enfants avaient 10 ans, là au moins, on pouvait les garder sous sa coupe.

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Le résultat d’un an sans vacances.

Pfiouuuuu, je sais que je me répète à chaque article, mais : CA FAIT UN BAIL. Et pourtant, je voudrais venir écrire ici plus souvent, mais depuis plusieurs semaines, j’ai redécouvert les joies de mon amie l’Insomnie et des opérations de veille prolongée sur Twitter aux alentours de 4h du mat’ (oui parce que SI ENCORE j’étais physiquement capable de faire quelque chose de productif pendant cet éveil forcé, passerait encore, mais regarder des gifs de chatons est le seul effort que soutient mon cerveau). Du coup, cette amputation de mon sommeil me vaut d’être lééégèrement fanée le soir (comprendre : je donne ses croquettes au chat et je file m’effondrer sur mon lit).

Et malgré tout, je n’en oublie bien sûr pas d’être réactive, professionnelle et efficace au travail parce que, qu’on se le dise, non, tout le monde ne part pas en vacances au mois de juillet et l’activité ne ralentit pas dutoudutoutdutout. Ceci est une légende inventée par ma boss pour éviter de me voir partir en burn-out avant l’été.

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Bref, à croire que la politique RH en matière de congés est désastreuse parce que les gens se croient obligés de rester tout l’été et, par la force des choses, de me refiler tous les dossiers bien crevards qu’ils n’ont pas eu le temps de traiter durant l’année (« tu veux faire un CDD de 80 mois? Moui, moui, alors vois-tu, je ne suis pas certaine que ce soit possible… »). Il y a aussi ces gens qui vivent sur une autre planète (une planète où les gens partent se faire dorer les miches en juillet, probablement), j’ai nommé LES CONFRÈRES, qui veulent te faire passer 1000 ans sur un dossier qui pourrait être réglé en 10 minutes. Exemple de la notaire qui pensait que j’allais appeler tous les garages de la Seine-Maritime pour leur proposer de racheter une Twingo modèle 1992 cotée 800€ à l’Argus (t’as raison meuf, j’ai que ça à glander) (surtout pour une opération qui, temps et coûts salariaux déduits, rapporterait la somme colossale d’environ 20€).

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Du coup, je suis à 2 doigts de prononcer des incantations pour que mon téléphone arrête de sonner, les mails de pleuvoir et les relous toquer à la porte de mon bureau. Mais z’ATTENTION, grande nouvelle, je vais bientôt avoir un nouveau collègue pour m’aider. Finalement, je ne suis pas sûre que ce soit une grande nouvelle, vue la difficulté à recruter quelqu’un de bien (spéciale dédicace au candidat qui m’a prise de haut et demandé avec mépris un café avant même que je le lui propose et qui, ôôôôôôh miracle, s’est radouci en 1/4 de seconde quand il a compris que je n’étais pas assistante parce que, c’est bien connu, une assistante, tu peux lui parler comme à de la bouse, mais aux autres non).

Braiffe, avec tout ça j’aurai pas volé mes prochaines vacances avec JPS, où j’ai essentiellement prévu de glander au bord d’une piscine, manger du gras, m’enduire de crème solaire indice 50+ (toutes ces années à regarder les vidéos d’Hélène MBDF ont porté leurs fruits) et regarder les nouvelles collections de robes de mariée.

A la tienne, Etienne.

Moui, donc c’est officiel, après 30 années sur cette Terre (bon, pas encore, mais je le dis pour m’habituer), rendons-nous à l’évidence : je n’aime pas rencontrer de nouvelles personnes. Enfin nuançons quand même : je n’aime pas rencontrer trop de personnes en même temps. Parce que j’ai directement en moi une sirène qui s’allume en mode « MAYDAY, MAYDAY, crash prévu dans 3, 2, 1… » et l’envie de rentrer chez moi en courant.

Un  peu comme samedi, à une soirée où je devais rencontrer la moitié des collègues de JPS. Déjà j’avais la pression parce qu’il m’en parle toujours comme ses supers amis du bureau, « Oh oh, Gudule est trop marrant », « Jean-Mi m’invite à son mariage », « Jojo m’a raconté ses rencards Tinder » et ils font comme les ados à la sortie du lycée : ils continuent à se parler sur What’s app. Bon, c’est une chance de bien s’entendre avec ses collègues, je dis pas hein, mais quand ça implique que je les rencontre, c’est la PANIQUE.

Déjà, il a fallu trouver une tenue potable, c’est-à-dire une avec laquelle je n’ai pas envie de casser le miroir en me voyant. Ça a pas l’air comme ça, mais c’est déjà une étape conséquente étant donné que j’ai accumulé beaucoup trop de bedaine (et de fesses, et de hanches) mais que, ô joie, j’ai un traitement médical qui m’oblige à être aussi bourrée d’hormones qu’un poulet en batterie, et que le sport ne m’est d’aucune aide pour perdre du poids (« si t’es fier d’être un boudin, tape dans tes mains », clap clap) .

Whatever, j’ai décidé de porter une robe Etam parce que je me suis souvenue que ma boss avait dit qu’elle m’allait bien, et des sandales nouvellement shopées une bouchée de pain chez André (un jour, je vous raconterai comment j’ai fondé une religion basée  sur le fait qu’il est rigoureusement INTERDIT d’acheter chez André ou Sephora en dehors des soldes).

Et donc, la soirée arriva. Dans un bar à vin : déjà ça partait pas super vu que j’ai horreur de ça. Parce que non, j’aime pas trop l’alcool, et c’est apparemment le 8ème pêché capital vu la manière dont les gens me regardent en l’apprenant :

– Comment ça tu bois pas d’alcool? C’est religieux, c’est ça?
– Non non, c’est juste que je…
– Et les chatons tout mignons, t’aimes pas ça non plus?– Hein?
– Et un bébé chimpanzé avec une couche, ça te dégoûte ?
– ?

Ajoutez à ça que je ne fume plus et donc, ça y est, je suis l’Ennui personnifié. Du coup, j’ai voulu en rajouter une couche quand on m’a demandé quel était mon métier, parce que « juriste », ça fait marrer personne, avouez-le,  alors j’ai fait une petite boutade et JPS m’a engueulée :

– Pourquoi tu te moques de toi? C’est très bien, comme métier !
– Non mais ça fait rêver personne…
– Mais si, mais si. T’as de la chance, t’as tous les codes que tu veux : le code civil, le code du travail, le code de la construction… T’écris des trucs comme « nonobstant », « superfétatoire », c’est super !

(Cet homme m’aime). (Mais il se rend pas compte, je crois). (Ou alors il est de mauvaise foi).

Bon bref, à mesure que la soirée avançait, que tous les taux d’alcoolémie grimpaient sauf le mien, que j’avais de plus en plus froid (parce que j’avais pas de collants sous ma robe Etam, j’ai oublié de préciser), je me rendais compte que je ne suis définitivement pas comme tous ces gens capables de tenir une conversion à un parfait inconnu comme si c’était un pote de régiment et que j’ai beau avoir bientôt 30 ans (c’est toujours pas pour demain, mais je me prépare à la dure réalité), je suis aussi timide que lorsque j’en avais 4. Et forcément, par rapport à un JPS qui attire tout le monde tant il est à l’aise et confiant, je fais tâche (au mieux), potiche (au pire). Alors quand il a été temps de rentrer, j’étais à la fois en colère contre moi-même, soulagée de retrouver un endroit familier, mais dépitée par ce que je suis. Parce que même en me forçant, je ne serai jamais vraiment à l’aise dans ces circonstances, que je préfèrerai toujours rencontrer 2 nouvelles personnes dans la chaleur d’une maison plutôt que 15 dans les tréfonds d’un bar, mais que ça, ce sera toujours incompris et mal vu.

Next time, je reste chez moi, je crois.

Oh, Névrose.

Pfiou les amis, je me demande si j’ai pas été recrutée avec la mauvaise fiche de poste parce qu’au boulot, je passe 1/3 de mon temps à être assistante sociale (assistante sociale forcée, précisons). Ça doit être mon éducation de petite fille baptisée et communiée : je ne sais pas rabrouer quelqu’un, même quand il est ennuyeux à mourir, même quand il passe sa vie à se plaindre… Oh wait, un peu comme ma collègue Névrose (sobriquet issu de ma méchanceté, tiens, c’est gratos).

Névrose, c’est le genre à se noyer dans un verre d’eau de la taille d’un shooter. Du genre si deux personnes lui proposent un rendez-vous à 15 heures, elle fait un mini AVC en vociférant « mais que vais-je faiiiiiire?« , il lui viendrait pas à l’idée de décaler l’une des deux. Une fois, elle a envoyé un mail en oubliant la pièce jointe et quand quelqu’un lui a fait remarquer, elle a dit que c’était du harcèlement moral.

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Le plus merveilleux, c’est sa propension à analyser TOUT ce que les gens lui disent, dans les moindres détails, pour se monter le bourrichon toute seule et trouver de nouvelles raisons de se plaindre. Ah, elle a aussi un petit pêché mignon : propager des ragots dans toute la boîte.

– Tu sais pas ce que m’a dit Isabelle? Elle part chez ses parents sans son mari pendant une semaine.
– Ah. Elle prend des vacances, en fait.
– Toute-seule-avec-son fils ! Elle doit avoir de gros problèmes de couple pour en arriver là… Je voudrais pas dire (ben ne dis pas, alors) mais ça sent le divorce… C’est comme la secrétaire du 4ème, son mari l’a trompé avec une stagiaire de son service…

Récemment, Névrose a décidé que c’en était trop du stress de la vie parisienne et qu’elle voulait s’encanailler en province parce que, c’est bien connu, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Elle a essayé de refourguer son appart’ à tout le monde et en parlait dix fois par jour : emplacement, surface, prix, transports, interphone, impôts fonciers, j’avais l’impression d’être Stéphane Plaza. Chaque jour, j’avais le droit à une update détaillée des visites, comme si ça m’intéressait de savoir que Machin avait trouvé l’appartement lumineux ou que Untel avait apprécié le bon état des parties communes.

Je serrais les dents en tentant d’envoyer des messages subliminaux du type « j‘en ai rien à secouer » (regards insistants à ma montre, regard dans le vague, absence de réponses) mais rien à faire, elle était en B.O.U.C.L.E.

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Et puis, enfin, elle a VEN-DU sa bouse. Ce jour-là, la terre entière en a entendu parler, mais on pensait que ses interminables monologues immobiliers étaient enfin finis. Que nenni, très cher ! La veille de la signature chez le notaire, elle a débarqué en furie dans mon bureau « parce que olalalala j’ai besoin de conseils juridiques là, je streeeeeeeesse« . God, il était 9h, je venais de poser mon sac et j’avais pas encore avalé mon thé. En vrai; elle avait même pas besoin d’aide, juste de se plaindre une nouvelle fois qu’elle était stresséééééééée, que la banque avait oublié de lui donner un papier, qu’oh mon dieu que le reste du monde est méchant avec elle et que blablabla… J’étais encore plus saoulée que quand j’ai vu une mise en scène de Hamlet de 6 heures.

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Prochaine leçon de vie : apprendre à envoyer ch*** les gens.

Back dans les bacs (oui, bon, j’ai trouvé que ça)

Pfiou. Ca fait un bail que j’ai pas traîné mes guêtres par ici, tiens.

Chuis sûre que vous êtes contents de me revoir (dixit la fille qui a 0 commentaire) (j’assume) (j’avoue, j’écris plus par plaisir que par demandes hystériques de lecteurs) (je serais nulle comme Youtubeuse) (quand même, vous pourriez prendre de mes nouvelles).

Faut dire qu’il s’est passé un tas de trucs depuis la dernière fois. Déjà, ON A DÉMÉNAGÉ. Pour la 6ème fois en 5 ans, tout va bien. Fini le studio minuscule et le mec chelou de l’hôpital psychiatrique d’en face, qui nous regardait fixement en fumant sa clope (et projetait sûrement de nous tuer). On a dit adios à la vieille bique qui nous servait de propriétaire, non sans avoir essuyé sa tentative de pathos à base de « C’est teeellement fastidieux d’être propriétaire… » (non mais je comprends, avoir des appartements à Paris et des villas en Province, ça doit être dur), « Les locataires finissent toujours par s’en aller » (ben oui Mémère, c’est un peu le principe de la location).

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BREF. On a empaqueté nos affaires et j’ai fait preuve d’un optimisme inhabituel en assurant à JPStar « t’inquiètes, ça ira vite, on a trois fois rien« . Comme quoi, être optimiste, c’est tout pourri parce qu’évidemment, on avait beaucoup plus de cartons que prévu, et que, comme par hasard, on a déménagé le seul week-end du mois où il a plu.

Passons également les quelques surprises que nous réservait notre nouveau logement : un chauffe-eau où tu dois choisir si tu veux prendre ta douche ou laver la vaisselle parce qu’il est trop petit pour permettre de faire les deux dans la même journée, le peintre qui devait refaire le salon et qui a tout peint en blanc, sauf les plinthes, qu’il a laissées en jaune pisseux (le mec, ça devait le saouler d’aller jusqu’au bout des choses, il s’est dit « non, je continue pas, j’ai pas envie »), les placards qui ferment pas (JPS, si tu lis ce post, je te rappelle que tu devais les réparer).

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VOU-A-LAAA. Mais rassurez-vous, tout va pour le mieux à présent et, ça y est, on a fêté notre dernier dimanche chez Ikea (dont je connais à présent les références par coeur, vas-y, demande moi où se situent les Vulkeburg, je t’amène au rayon les yeux fermés, sans tricher).

Tout cela pour dire que je vais à nouveau inonder la blogosphère de mes passionnants récits (ma visite chez le dermato, mes débuts laborieux à l’aquagym, bref : ce que le monde attend).

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